Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 12 juin 2026.

Pour un particulier, la plus-value de cryptomonnaie n’est imposable qu’au moment où vous convertissez vos actifs en euros (ou les utilisez pour acheter un bien ou un service), pas lors des échanges crypto contre crypto. Le gain net est soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique, avec une option possible pour le barème progressif. Concrètement, vous détaillez chaque cession sur le formulaire 2086, vous reportez le résultat en case 3AN ou 3BN de la déclaration 2042-C, et vous déclarez chacun de vos comptes sur plateforme étrangère via le formulaire 3916-bis.

Quand vos cryptomonnaies deviennent-elles imposables ?

C’est la première source de confusion, et celle qui rassure le plus nos clients : tant que vos avoirs restent en cryptomonnaies, vous n’avez rien à déclarer ni à payer. La hausse de votre portefeuille, aussi spectaculaire soit-elle, ne déclenche aucun impôt. L’administration ne s’intéresse à votre situation qu’au moment précis où vous sortez de l’univers crypto.

Le fait générateur de l’impôt, c’est la cession à titre onéreux. Concrètement, vous êtes imposable lorsque vous convertissez vos actifs numériques en une monnaie ayant cours légal (euros, dollars, etc.), ou lorsque vous les utilisez pour régler l’achat d’un bien ou d’un service. Payer un voyage, une voiture ou une prestation en bitcoin constitue donc une cession imposable, au même titre qu’un virement de vos gains vers votre compte bancaire.

Les échanges crypto contre crypto ne sont pas taxés

Point essentiel pour les investisseurs actifs : les échanges d’une cryptomonnaie contre une autre bénéficient d’un sursis d’imposition. Vendre de l’ether pour acheter du solana, arbitrer entre deux jetons, repositionner votre portefeuille d’un actif vers un autre : ces opérations ne sont pas imposables et n’ont pas à figurer sur votre déclaration, tant qu’il n’y a pas de soulte (c’est-à-dire un versement complémentaire en monnaie réelle).

Vous pouvez donc multiplier les arbitrages au sein de votre portefeuille sans aucune conséquence fiscale immédiate. L’impôt n’intervient qu’au moment de la sortie vers du fiat ou vers un bien réel. Cette mécanique change radicalement la façon de raisonner par rapport à un compte-titres classique.

Le seuil de 305 euros de cessions

Une exonération existe pour les petits montants. Si le total annuel de vos prix de cession ne dépasse pas 305 euros, vos plus-values sont exonérées d’impôt. Attention à bien comprendre ce que recouvre ce seuil : il porte sur le cumul des prix de cession de l’année, et non sur le montant du gain.

Exemple illustratif : si vous avez vendu pour 280 euros de cryptos sur l’année, vous êtes exonéré. Si vous franchissez la barre, même de quelques euros, l’intégralité de vos cessions de l’année redevient imposable, et pas seulement la fraction au-delà de 305 euros. Le seuil fonctionne comme un interrupteur, pas comme un abattement.

Quel taux d’imposition s’applique à vos gains ?

Par défaut, la plus-value nette annuelle est soumise au prélèvement forfaitaire unique (PFU), communément appelé flat tax. Ce prélèvement regroupe l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux en un taux global unique.

ComposanteTauxObservation
Impôt sur le revenu12,8 %Inchangé
Prélèvements sociaux18,6 %Relevé de 17,2 % à 18,6 % au 1er janvier 2026
Total PFU31,4 %Contre 30 % jusqu’en 2025

La hausse des prélèvements sociaux porte donc le taux global à 31,4 % à compter du 1er janvier 2026, contre 30 % les années précédentes. Ce taux s’applique au gain net, après imputation éventuelle des moins-values de l’année (voir plus bas), et non au montant brut de vos ventes.

L’option pour le barème progressif

Vous pouvez renoncer au PFU et opter pour l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Cette option n’a d’intérêt que si votre taux marginal d’imposition est faible : un contribuable peu ou pas imposable a parfois avantage à soumettre ses gains au barème plutôt qu’au taux forfaitaire de 12,8 %. Les prélèvements sociaux restent dus dans tous les cas.

Bonne nouvelle pour la souplesse de gestion : cette option est désormais révocable d’une année sur l’autre, alors qu’elle engageait auparavant le contribuable de façon irrévocable. Vous arbitrez donc chaque année selon votre situation. L’option se matérialise en cochant la case 3CN sur la déclaration 2042-C. En pratique, faites simuler les deux scénarios avant de cocher : l’option vaut pour l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des plus-values, pas seulement pour vos cryptos.

Comment se calcule la plus-value imposable ?

C’est ici que le régime français se distingue nettement des usages internationaux. La France ne raisonne pas en FIFO (premier entré, premier sorti), méthode qui consisterait à suivre chaque lot acheté. Le calcul repose sur la valeur globale de votre portefeuille au moment de chaque cession.

Pour chaque vente imposable, la formule appliquée est la suivante :

Plus-value = Prix de cession – [ Prix total d’acquisition du portefeuille x ( Prix de cession / Valeur globale du portefeuille au moment de la cession ) ]

Autrement dit, à chaque sortie, on retient une fraction du prix total d’acquisition de l’ensemble du portefeuille, proportionnelle à la part que représente la cession dans la valeur globale de vos avoirs à cet instant. Cette logique implique de connaître, pour chaque opération imposable, trois données : le prix de cession effectivement perçu, le prix total d’acquisition de tout votre portefeuille depuis l’origine, et la valeur globale du portefeuille à la date de la cession.

Le formulaire 2086 effectue ce calcul automatiquement une fois ces champs renseignés. Mais reconstituer ces valeurs reste l’opération la plus technique du dossier, surtout si vous avez réalisé de nombreuses transactions sur plusieurs plateformes. Pour les portefeuilles actifs, un agrégateur dédié (Waltio, Coinly, Koinly et équivalents) fait gagner un temps considérable et limite le risque d’erreur dans la reconstitution.

Remplir le formulaire 2086, pièce maîtresse du dossier

Le formulaire 2086 est l’annexe qui détaille chaque cession imposable et calcule la plus ou moins-value nette de l’année. C’est le cœur de votre déclaration crypto. Voici comment y accéder dans le parcours en ligne.

  1. À l’étape 3 de la déclaration en ligne, cochez la rubrique « déclaration annexe ».
  2. Cochez la ligne « Déclaration de plus ou moins-values suite à la cession d’actifs numériques ».
  3. Le formulaire 2086 devient alors accessible à tout moment, en haut à droite de votre saisie.
  4. Indiquez le nombre d’opérations à déclarer pour chaque membre du foyer fiscal (une vente contre euros correspond à une opération).

Pour chacune des cessions, vous renseignez la date de l’opération, le prix de cession réellement perçu, le prix total d’acquisition de l’ensemble du portefeuille et sa valeur globale à la date de la cession. Le formulaire en déduit le résultat, opération par opération, puis le solde net annuel.

Le report sur la déclaration 2042-C

Une fois le 2086 complété, le résultat net se reporte sur la déclaration complémentaire 2042-C (et non sur la 2042 principale), dans la rubrique « Plus-values et gains divers », sous-rubrique « Actifs numériques ». Trois cases sont à connaître.

CaseÀ utiliser pour
3ANPlus-value nette de l’année (solde positif du formulaire 2086)
3BNMoins-value nette de l’année (solde négatif du formulaire 2086)
3CNÀ cocher uniquement pour opter pour le barème progressif au lieu du PFU

En télédéclaration, le report depuis le 2086 est souvent automatique. Vérifiez systématiquement, après validation, que la case 3AN ou 3BN est bien renseignée : un 2086 rempli mais non reporté reste une déclaration incomplète aux yeux de l’administration.

Le sort des moins-values

Le régime des actifs numériques est plus restrictif que celui des actions, et c’est une déception fréquente. Une moins-value crypto s’impute uniquement sur les plus-values crypto de la même année civile. Elle n’est ni reportable sur les années suivantes, ni imputable sur d’autres catégories de revenus.

Concrètement, une année globalement négative est « perdue » fiscalement : ce déficit ne viendra pas réduire vos gains de l’année suivante. Cela ne vous dispense pas de déclarer : vous devez tout de même déposer un formulaire 2086 et reporter le montant en case 3BN. Cette déclaration reste utile pour matérialiser l’imputation sur d’éventuelles plus-values de la même année et pour tracer votre historique.

Déclarer vos comptes à l’étranger : le formulaire 3916-bis

Voici l’obligation la plus souvent négligée, et celle qui expose au plus grand risque. Chaque compte d’actifs numériques ouvert sur une plateforme située à l’étranger (Binance, Kraken, Coinbase et autres) doit être déclaré via le formulaire 3916-bis, que vous ayez ou non réalisé une plus-value dans l’année.

Cette obligation est totalement indépendante du calcul de vos gains. Vous devez déclarer vos comptes étrangers même si vous n’avez rien vendu, même si votre portefeuille est en perte, même s’il dort. L’oubli du 3916-bis peut déclencher un contrôle approfondi et des pénalités spécifiques, y compris lorsque votre formulaire 2086 est par ailleurs parfaitement rempli. C’est l’un des premiers points que nous vérifions dans les dossiers que nous reprenons.

À noter : les plateformes domiciliées en France ne sont pas concernées par cette obligation déclarative. C’est bien la localisation à l’étranger du teneur de compte qui crée l’obligation de remplir un 3916-bis distinct pour chaque compte.

Activité occasionnelle ou activité habituelle : une frontière à surveiller

Tout ce qui précède concerne le particulier qui gère son patrimoine privé, à titre occasionnel. Lorsque l’achat-revente d’actifs numériques est exercé dans des conditions analogues à celles d’un professionnel, le régime change complètement. On ne relève plus des plus-values des particuliers et de la flat tax, mais d’une imposition au barème progressif dans une catégorie de bénéfices professionnels.

Depuis le 1er janvier 2023, ces gains réalisés à titre habituel et professionnel relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC), et non plus des bénéfices industriels et commerciaux comme c’était le cas auparavant. La requalification suppose des opérations effectuées dans des conditions comparables à celles d’une véritable profession (sophistication des outils, fréquence et organisation des transactions, recours à des techniques relevant d’une activité commerciale, etc.).

La frontière entre gestion patrimoniale privée et activité professionnelle ne se résume pas au nombre de transactions : l’administration apprécie un faisceau d’indices, et la qualification reste délicate. Si votre activité crypto est intense, structurée, ou constitue une part significative de vos revenus, le sujet mérite un examen au cas par cas. Les régimes voisins (staking, jetons reçus en récompense, minage, NFT) suivent par ailleurs des logiques propres qui dépassent le cadre des seules plus-values de cession.

Calendrier et points de vigilance

Les formulaires évoqués ici concernent les revenus 2025, à déclarer au printemps 2026, l’impôt étant ensuite mis en recouvrement à l’automne 2026. Pour résumer la logique d’ensemble : le 2086 détaille et calcule, le résultat se reporte en 3AN ou 3BN sur la 2042-C, et un 3916-bis est déposé pour chaque compte étranger.

Les chiffres et les modalités déclaratives évoluent d’une année sur l’autre, à l’image du relèvement des prélèvements sociaux intervenu en 2026. Avant de valider votre déclaration, confirmez les taux et seuils applicables à l’année concernée, et conservez précieusement l’historique complet de vos transactions : c’est ce qui vous permettra de justifier votre prix d’acquisition en cas de demande de l’administration.

Questions fréquentes

Dois-je déclarer mes cryptos si je n’ai rien vendu cette année ?

Vous n’avez aucune plus-value à déclarer tant que vous n’avez pas cédé contre des euros ou utilisé vos cryptos pour un achat. En revanche, vous devez déclarer chacun de vos comptes ouverts sur une plateforme étrangère via le formulaire 3916-bis, même sans aucune vente dans l’année.

Les échanges d’une cryptomonnaie contre une autre sont-ils imposables ?

Non. Les échanges crypto contre crypto bénéficient d’un sursis d’imposition tant qu’il n’y a pas de soulte. Vous pouvez arbitrer librement au sein de votre portefeuille sans conséquence fiscale. L’impôt n’intervient qu’à la sortie vers une monnaie ayant cours légal ou vers un bien ou service réel.

Quel est le taux d’imposition des plus-values crypto en 2026 ?

Par défaut, le prélèvement forfaitaire unique s’applique au taux global de 31,4 % à compter du 1er janvier 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), contre 30 % auparavant. Vous pouvez opter pour le barème progressif si c’est plus avantageux, notamment si vous êtes peu imposable.

Comment fonctionne le seuil de 305 euros ?

Si le total annuel de vos prix de cession ne dépasse pas 305 euros, vos plus-values sont exonérées. Ce seuil porte sur le cumul des ventes, pas sur le gain. S’il est franchi, même de quelques euros, l’intégralité de vos cessions de l’année redevient imposable.

Que faire de mes moins-values crypto ?

Une moins-value crypto s’impute seulement sur vos plus-values crypto de la même année civile. Elle n’est ni reportable sur les années suivantes, ni imputable sur d’autres revenus. Vous devez tout de même déposer un formulaire 2086 et reporter le montant en case 3BN de la 2042-C.

Quelle différence entre activité occasionnelle et activité habituelle ?

Le particulier qui gère son patrimoine privé relève des plus-values sur actifs numériques et de la flat tax. Lorsque l’achat-revente est exercé dans des conditions analogues à un professionnel, les gains relèvent depuis 2023 des bénéfices non commerciaux (BNC), imposés au barème progressif. La qualification s’apprécie au cas par cas.

Pour aller plus loin

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Mathieu Bouvard
Mathieu Bouvard
Expert-comptable, Ascencia

Inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France, spécialisé dans la stratégie patrimoniale des professions libérales, des indépendants et des investisseurs. En savoir plus →

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