Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 12 juin 2026.

Le revenu brut social est, depuis la réforme de 2025, l’assiette unique servant à calculer toutes les cotisations sociales et la CSG-CRDS des travailleurs indépendants. Il correspond au revenu d’activité avant déduction des cotisations sociales, auquel on applique un abattement forfaitaire de 26 pour cent représentatif des charges sociales. Cette nouvelle base met fin au calcul circulaire qui pénalisait les indépendants par rapport aux salariés.

Qu’est-ce que le revenu brut social

Le revenu brut social est la nouvelle base de calcul des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants. Il s’agit du revenu professionnel reconstitué avant déduction des cotisations sociales obligatoires et de la CSG-CRDS. À partir de ce revenu brut, l’Urssaf applique un abattement forfaitaire de 26 pour cent, censé représenter le poids des cotisations sociales. Le résultat constitue l’assiette unique sur laquelle sont calculées à la fois les cotisations (maladie, retraite, allocations familiales) et les contributions (CSG et CRDS).

Cette réforme est issue de l’article 18 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024, dont les modalités de calcul ont été précisées par le décret numéro 2024-688 du 5 juillet 2024. Elle s’applique aux cotisations dues au titre des revenus de l’année 2025, avec une première régularisation au printemps 2026.

Pourquoi cette réforme était nécessaire

Avant 2025, le calcul des cotisations sociales des indépendants reposait sur un mécanisme dit circulaire, source de complexité et d’inéquité. Les cotisations sociales se calculaient sur le revenu net, lui-même obtenu après déduction des cotisations. La CSG-CRDS, elle, se calculait sur une assiette différente, intégrant le montant des cotisations sociales versées. Autrement dit, l’assiette de la CSG comprenait des cotisations, et l’assiette des cotisations dépendait du revenu après cotisations.

Ce système avait deux conséquences. D’une part, il rendait le calcul opaque, presque impossible à anticiper pour le chef d’entreprise. D’autre part, et c’est le point central, il désavantageait l’indépendant par rapport au salarié. Chez le salarié, la CSG-CRDS s’applique sur le salaire brut diminué d’un abattement de 1,75 pour cent au titre des frais professionnels. Chez l’indépendant, faute d’un tel mécanisme, l’assiette sociale était mécaniquement plus large, ce qui se traduisait par un prélèvement social proportionnellement plus lourd.

L’objectif du législateur était donc double : simplifier le calcul en créant une assiette unique, et rééquilibrer la répartition entre cotisations génératrices de droits (retraite, maladie) et contributions non génératrices de droits (CSG-CRDS).

L’abattement forfaitaire de 26 pour cent

Le coeur du nouveau dispositif est un abattement forfaitaire représentatif des cotisations sociales, fixé à 26 pour cent du revenu brut. Concrètement, l’assiette sociale s’obtient en multipliant le revenu brut par 0,74. Cet abattement remplace l’ancienne déduction des cotisations réellement payées : on ne retranche plus le montant exact des cotisations, on applique un pourcentage forfaitaire unique et lisible.

Cet abattement est encadré par un plancher et un plafond, exprimés en pourcentage du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), fixé à 47 100 euros pour 2025.

Borne de l’abattementRéférenceMontant 2025
Plancher1,76 pour cent du PASS828,96 euros
Plafond130 pour cent du PASS61 230 euros
Taux d’abattementForfaitaire26 pour cent

Ainsi, l’abattement ne peut jamais être inférieur à 828,96 euros, même pour les très faibles revenus, ni supérieur à 61 230 euros, ce qui plafonne l’avantage pour les revenus les plus élevés.

Attention à ne pas confondre cet abattement de 26 pour cent avec un abattement fiscal. Il ne réduit en rien votre impôt sur le revenu : il ne sert qu’à déterminer l’assiette de vos cotisations et contributions sociales.

Effet sur les cotisations et sur la CSG-CRDS

Le passage à l’assiette unique modifie la structure du prélèvement social sans nécessairement alourdir la facture globale. La logique est la suivante : la CSG-CRDS baisse, parce que son assiette n’intègre plus les cotisations sociales, tandis que les cotisations génératrices de droits, notamment la retraite de base et complémentaire, augmentent.

Pour préserver l’équilibre financier de la réforme, les barèmes des cotisations maladie-maternité et de retraite ont été relevés par le décret numéro 2024-688. Le transfert s’opère donc d’un prélèvement perdu (la CSG-CRDS, qui ne génère aucun droit) vers un prélèvement utile (les cotisations retraite, qui ouvrent des droits futurs).

  • La CSG-CRDS due diminue, car son assiette est désormais le revenu après abattement de 26 pour cent.
  • Les cotisations retraite de base et complémentaire augmentent, améliorant les droits acquis.
  • L’opération est conçue pour être globalement neutre sur le revenu net, voire légèrement favorable pour de nombreux profils.

Pour un même revenu, l’indépendant verse donc une part plus importante en cotisations ouvrant des droits, et une part plus faible en contributions sans contrepartie. À niveau de prélèvement comparable, il améliore sa future pension.

Qui est concerné par le revenu brut social

La réforme s’applique à la grande majorité des travailleurs indépendants relevant du régime réel. Sont concernés :

  • Les artisans et les commerçants immatriculés au régime des indépendants.
  • Les professionnels libéraux, qu’ils relèvent de la Cipav ou du régime général des indépendants.
  • Les gérants majoritaires de SARL et les associés-gérants d’EURL relevant du statut TNS (travailleur non salarié).
  • Les associés de SNC exerçant une activité non salariée.
  • Les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés.

Qui n’est pas concerné

Certains profils restent en dehors du nouveau dispositif :

  • Les micro-entrepreneurs (régime micro-social), qui conservent leur calcul forfaitaire à taux unique sur le chiffre d’affaires encaissé.
  • Les dirigeants assimilés salariés, tels que les présidents de SAS ou de SASU et les gérants minoritaires de SARL, qui relèvent du régime général des salariés et non du régime des indépendants.
  • Les exploitants agricoles relevant de la MSA, qui font l’objet de règles propres.

Si vous êtes président de SASU, la rémunération que vous percevez n’est pas soumise au revenu brut social : vos cotisations relèvent du régime général. La réforme ne change donc rien à votre situation sociale.

Le lien avec la déclaration de revenus

La réforme s’accompagne d’une simplification déclarative majeure. La déclaration sociale des indépendants, puis le volet social intégré à la déclaration de revenus, fusionnent désormais avec la déclaration fiscale. Les indépendants effectuent une déclaration unique, sociale et fiscale, sur le site impots.gouv.fr.

Concrètement, lorsque vous remplissez votre déclaration de revenus au printemps, un volet social spécifique recueille les éléments nécessaires au calcul de vos cotisations. L’Urssaf récupère ces données pour reconstituer votre revenu brut social, appliquer l’abattement de 26 pour cent, puis calculer cotisations et CSG-CRDS. Vous n’avez plus de déclaration sociale séparée à transmettre.

Cette unification met fin aux démarches distinctes qui existaient auparavant, dont la déclaration spécifique pour certaines populations comme les praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés. Une seule déclaration, deux finalités : le calcul de l’impôt et celui des cotisations sociales.

Exemple chiffré avant et après la réforme

Prenons un professionnel libéral en déclaration contrôlée. Ses recettes s’élèvent à 100 000 euros, ses charges d’exploitation hors cotisations à 13 000 euros, et ses cotisations sociales versées à 17 000 euros. Son revenu professionnel avant déduction des cotisations (revenu brut social) est donc de 100 000 moins 13 000, soit 87 000 euros.

ÉtapeAncien système (avant 2025)Nouveau système (revenus 2025)
Revenu de référenceRevenu net : 70 000 eurosRevenu brut social : 87 000 euros
Assiette des cotisations70 000 euros (net)87 000 x 0,74 = 64 380 euros
Assiette CSG-CRDSNet augmenté des cotisations (assiette élargie)64 380 euros (même assiette unique)
RépartitionCSG-CRDS lourde, retraite plus faibleCSG-CRDS allégée, retraite renforcée

Dans cet exemple, l’assiette unique après abattement ressort à 64 380 euros. La CSG-CRDS, qui s’appliquait auparavant sur une assiette plus large incluant les cotisations, diminue. En contrepartie, les cotisations retraite, calculées sur la même assiette mais à des taux relevés, progressent. Le revenu net dans la poche du professionnel reste comparable, mais la part consacrée à la constitution de droits retraite augmente.

Cet exemple est volontairement simplifié pour illustrer la mécanique. Le calcul réel dépend de votre activité, de votre caisse, de vos taux applicables et de votre niveau de revenu. Il a une valeur pédagogique et non contractuelle.

Calendrier et points de vigilance

La réforme concerne les cotisations dues au titre des revenus 2025. La première application concrète intervient lors de la régularisation au printemps 2026, après la déclaration des revenus 2025. Les cotisations provisionnelles appelées en 2025 sont ensuite ajustées en fonction du revenu brut social réel.

  • Vérifiez vos appels de cotisations provisionnelles, qui peuvent évoluer après la régularisation.
  • Anticipez la trésorerie : un transfert de la CSG vers les cotisations retraite peut décaler les montants appelés selon les échéances.
  • Conservez le suivi de vos droits retraite, désormais mieux alimentés par la nouvelle répartition.

Questions fréquentes

Le revenu brut social augmente-t-il mes impôts ?

Non. Le revenu brut social ne sert qu’au calcul des cotisations et contributions sociales. Votre impôt sur le revenu continue d’être déterminé selon les règles fiscales propres à votre régime (BIC, BNC ou article 62 du CGI). L’abattement de 26 pour cent est purement social et n’a aucun effet sur votre base imposable.

Vais-je payer plus de cotisations au total ?

La réforme est conçue pour être globalement neutre, voire légèrement favorable. La baisse de la CSG-CRDS compense la hausse des cotisations retraite. Le résultat dépend de votre niveau de revenu, mais pour la plupart des indépendants, le prélèvement global reste stable tandis que les droits retraite s’améliorent.

Les micro-entrepreneurs sont-ils concernés ?

Non. Les micro-entrepreneurs relevant du régime micro-social conservent leur calcul forfaitaire, fondé sur un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé. Le revenu brut social et l’abattement de 26 pour cent ne s’appliquent qu’aux indépendants au régime réel.

Dois-je encore faire une déclaration sociale séparée ?

Non. La déclaration sociale est désormais intégrée à votre déclaration de revenus en ligne, via un volet social dédié sur impots.gouv.fr. Une seule déclaration suffit pour l’impôt et pour les cotisations. La déclaration spécifique qui existait pour certaines populations, comme les praticiens conventionnés, est supprimée.

Pour aller plus loin

Vous vous interrogez sur l’impact du revenu brut social sur vos cotisations 2025 ?

Le cabinet Ascencia analyse votre situation, simule l’effet de la réforme sur vos cotisations et votre retraite, et sécurise votre déclaration sociale et fiscale unifiée. Les informations de ce guide ont une valeur pédagogique et non contractuelle.

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Mathieu Bouvard
Mathieu Bouvard
Expert-comptable, Ascencia

Inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France, spécialisé dans la stratégie patrimoniale des professions libérales, des indépendants et des investisseurs. En savoir plus →

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