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Apport-cession et report d’impôt (150-0 B ter) : le guide complet, à jour du durcissement 2026

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 18 juillet 2026.

Vendre son entreprise sans payer immédiatement l’impôt sur la plus-value, réinvestir la trésorerie via une holding, préparer sa transmission : c’est toute la promesse de l’apport-cession. Un dispositif puissant, encadré par l’article 150-0 B ter du Code général des impôts — et que la loi de finances pour 2026 vient de durcir. Voici comment il fonctionne, où sont les pièges, et ce qui change réellement en 2026.

1. L’idée en une phrase

L’apport-cession consiste à apporter les titres de votre société d’exploitation à une holding que vous contrôlez, avant que celle-ci ne les revende. Grâce à l’article 150-0 B ter du CGI, la plus-value constatée lors de l’apport n’est pas imposée tout de suite : elle est placée en report d’imposition. La trésorerie de la vente reste ainsi logée dans la holding, à l’abri de l’impôt sur le revenu, pour être réinvestie ou transmise.

Report n’est pas exonérationLe report met l’impôt en pause, il ne l’efface pas. Certains événements le « réveillent » et rendent la plus-value immédiatement imposable. Tout l’enjeu est de les connaître.

2. La condition de départ : contrôler la holding

Le report de l’article 150-0 B ter ne s’applique que si la société bénéficiaire de l’apport est soumise à l’impôt sur les sociétés et que vous la contrôlez. Vous êtes réputé la contrôler, notamment, si vous détenez — seul ou avec votre conjoint, vos ascendants, descendants, frères et sœurs — la majorité des droits de vote ou des droits dans les bénéfices. Une présomption de contrôle joue dès lors que vous détenez plus d’un tiers des droits sans qu’un autre associé n’en détienne davantage.

Si vous ne contrôlez pas la société bénéficiaire, vous relevez d’un autre régime, le sursis de l’article 150-0 B, dont les règles diffèrent. La distinction est structurante : c’est le contrôle qui fait basculer dans le régime du report, avec son obligation de réinvestissement.

Deux précisions importantes complètent ces conditions. D’abord, si l’apport s’accompagne d’une soulte (une somme d’argent versée en complément des titres), celle-ci ne doit pas dépasser 10 % de la valeur nominale des titres reçus ; au-delà, tout l’apport devient imposable, et même sous ce plafond la soulte est taxée immédiatement. Ensuite, et c’est une confusion fréquente : aucune durée de détention minimale des titres apportés n’est exigée avant l’apport. Le report s’applique quelle que soit leur ancienneté, y compris pour des titres souscrits peu avant, car le contrôle s’apprécie à la date de l’apport. Le délai de trois ans que l’on croit parfois devoir observer en amont est en réalité celui qui court en aval, du côté de la holding.

3. Les trois événements qui font tomber le report

Une fois le report acquis, il se poursuit tant que rien ne vient l’interrompre. Trois événements y mettent fin et rendent la plus-value imposable :

4. Le cœur du dispositif : réinvestir — et ce qui change en 2026

C’est le point le plus technique, et celui que la loi de finances pour 2026 a modifié. Quand la holding vend les titres apportés dans les trois ans, le report n’est maintenu qu’à la condition de réinvestir une fraction du prix de cession dans une activité éligible, dans un délai imparti. La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 a relevé ces exigences pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026.

ParamètreCession avant le 21/02/2026Cession à compter du 21/02/2026
Part du prix à réinvestir60 %70 %
Délai pour réinvestir2 ans3 ans
Durée de conservation du remploi12 mois (ou 5 ans via un fonds)5 ans dans tous les cas

Le pourcentage porte sur le prix de cession encaissé par la holding, et non sur la plus-value. Concrètement, pour une vente d’un million d’euros réalisée après le 21 février 2026, il faut réinvestir 700 000 euros dans les trois ans pour conserver le report.

Quels réinvestissements sont éligibles ?

Le remploi doit financer une véritable activité économique. Sont admis : le financement de moyens permanents d’exploitation d’une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière ; l’acquisition du contrôle d’une société opérationnelle ; la souscription au capital de sociétés opérationnelles ; ou la souscription de parts de certains fonds (FCPR, FPCI, SLP) respectant des quotas d’investissement dans des sociétés opérationnelles.

Sont en revanche exclus la gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier. Et la loi 2026 a ajouté à la liste des exclusions, pour les cessions postérieures au 21 février 2026, les activités immobilières, financières, et de production d’énergie à revenus garantis.

Le piège de trésorerieLe compte à rebours démarre le jour de la cession par la holding. Un réinvestissement mal calibré, trop tardif, ou dans une activité non éligible, fait tomber le report — et l’impôt devient exigible sur toute la plus-value d’origine.

5. Ce que coûte la chute du report

Si le report tombe, la plus-value placée en report devient imposable au titre de l’année de l’événement, aux taux en vigueur cette année-là : par défaut le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux), avec une option possible pour le barème progressif. Pour les apports réalisés depuis le 1er janvier 2013 — c’est-à-dire la quasi-totalité des dossiers actuels — aucun abattement pour durée de détention ne s’applique : l’impôt frappe la plus-value brute cristallisée à l’apport. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus peut s’y ajouter.

6. L’atout maître : la purge au décès

Voici la raison pour laquelle l’apport-cession est aussi un outil de transmission. Si vous conservez vos titres jusqu’à votre décès, la plus-value en report n’est jamais imposée : elle est définitivement purgée. Vos héritiers reçoivent les titres pour leur valeur au jour de la succession.

La donation des titres de la holding permet, elle aussi, de transmettre en transférant le report au donataire — à charge pour lui de conserver les titres pendant une durée minimale, portée par la loi 2026 à six ans (onze ans lorsque la holding a réinvesti via des fonds). S’il conserve jusqu’au terme, la plus-value est purgée à son profit.

7. Les erreurs qui coûtent cher

8. Ce qu’il faut retenir

Testez votre situationNotre simulateur vous dit, en quelques questions, si votre report est sécurisé, combien réinvestir et avant quelle date — en tenant compte du régime applicable selon la date de cession. Lancer le simulateur apport-cession

L’apport-cession est-il un abus de droit ?

Non, dès lors qu’il répond à une logique économique réelle (réinvestissement, développement, transmission) et non au seul but d’éluder l’impôt. Le réinvestissement effectif dans une activité opérationnelle est précisément ce qui matérialise cette substance économique.

Le pourcentage de 70 % s’applique-t-il à toutes mes cessions ?

Non. Il vise les cessions par la holding réalisées à compter du 21 février 2026. Pour les cessions antérieures, le taux reste de 60 % et le délai de 2 ans. Le régime se lit à la date de la cession des titres apportés.

Que se passe-t-il si je réinvestis moins que le seuil ?

Le report tombe et la plus-value devient imposable. Il n’y a pas de maintien partiel : le seuil de réinvestissement doit être atteint dans le délai, à défaut de quoi c’est l’intégralité de la plus-value en report qui est imposée.

La doctrine administrative est-elle à jour de la réforme 2026 ?

Pas encore à la date de cet article : les commentaires du BOFiP sur l’article 150-0 B ter datent d’août 2025, antérieurs à la loi de finances 2026. C’est le texte de loi qui prime pour les cessions récentes ; la doctrine viendra les commenter. Raison de plus pour faire valider votre montage.

Faut-il détenir ses titres depuis deux ans avant de les apporter ?

Non. L’article 150-0 B ter n’impose aucune durée de détention minimale des titres apportés : le report s’applique même à des titres récemment acquis ou souscrits, le contrôle de la holding s’appréciant à la date de l’apport. La règle des « deux ans » vient d’une confusion, soit avec l’abattement pour durée de détention (qui relève d’un autre régime d’imposition), soit avec le délai de trois ans de conservation des titres par la holding, lequel court après l’apport et non avant.

Un apport-cession, ça se cadre en amont

Le report 150-0 B ter est puissant mais impitoyable sur les délais et l’assiette du remploi. Sécurisons ensemble votre montage, votre réinvestissement et votre calendrier.

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