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Médecin remplaçant : quel statut et quelle fiscalité en 2026 ?

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Ile-de-France. Mis à jour le 1er juillet 2026.

Le remplacement est souvent la première expérience d’exercice libéral d’un médecin. Derrière une activité présentée comme souple se cachent des choix fiscaux et sociaux qui pèsent lourd sur le revenu net. Voici comment vous situer, calculer et anticiper en 2026.

1. Un statut unique : le médecin remplaçant exerce en libéral

Lorsque vous remplacez un confrère, vous percevez des honoraires rétrocédés : le médecin remplace vous reverse une part des honoraires encaissés pendant votre présence. Cette rétrocession n’est pas un salaire. Vous êtes travailleur indépendant, même si vous n’avez ni cabinet, ni patientèle propre.

Concrètement, cela implique trois conséquences que beaucoup de jeunes médecins découvrent trop tard :

Le contrat de remplacement, obligatoire et à transmettre au Conseil de l’Ordre, encadre la relation. Mais sur le plan fiscal et social, c’est bien vous qui êtes redevable de l’impôt et des cotisations sur les sommes rétrocédées.

Thèse ou pas thèse, même logique fiscaleQue vous soyez médecin remplaçant thésé inscrit à l’Ordre ou etudiant remplaçant non thésé muni d’une licence de remplacement, le principe reste identique : revenus en BNC et affiliation sociale obligatoire. La différence porte surtout sur les modalités d’affiliation, pas sur la nature fiscale du revenu.

2. Le RSPM : le régime simplifié pour démarrer en douceur

Pour les remplacements occasionnels ou de faible volume, l’Urssaf et la CARMF proposent le Régime Simplifié des Professions Médicales (RSPM), géré via le portail dédié aux médecins remplaçants. Il s’adresse aux médecins dont l’activité se limite au remplacement, sans autre exercice libéral.

Comment fonctionne le RSPM

Vous déclarez vos honoraires rétrocédés, en général chaque trimestre, et un taux unique de cotisation s’applique. Ce taux couvre l’assurance maladie, la CSG-CRDS, la retraite de base et la retraite complémentaire. S’y ajoute une cotisation forfaitaire annuelle pour le régime invalidité-décès de la CARMF.

Niveau de recettes annuellesTaux de cotisation RSPM
Jusqu’à 19 000 euros13,5 %
Part comprise entre 19 001 et 38 000 euros21,2 % sur la fraction au-delà de 19 000 euros
Au-delà de 38 000 eurosSortie du RSPM, bascule au régime de droit commun

A cela s’ajoute la cotisation forfaitaire invalidité-décès de la CARMF, dont le montant dépend de la situation et de la classe de cotisation retenue. Si vos recettes dépassent 19 000 euros deux années de suite, le passage au régime classique devient automatique.

Le RSPM n’est pas toujours le plus avantageuxSon taux apparaît simple, mais le régime de droit commun ouvre droit à davantage d’exonérations de début d’activité et à une meilleure couverture. Au-delà de quelques milliers d’euros de recettes, faites chiffrer les deux options avant de vous engager : l’écart de cotisations peut être significatif.

3. Micro-BNC ou déclaration contrôlée : choisir son régime fiscal

Indépendamment du RSPM, qui relève du social, vous devez choisir un régime fiscal pour déclarer vos bénéfices. Deux options existent.

Le micro-BNC

Tant que vos recettes annuelles ne dépassent pas 83 600 euros en 2026, vous pouvez rester au micro-BNC. L’administration applique un abattement forfaitaire de 34 % censé représenter vos charges. Vous êtes donc imposé sur 66 % de vos recettes, sans avoir à justifier de dépenses réelles.

Ce régime est simple, mais l’abattement de 34 % est fixe : si vos charges réelles (assurance, déplacements, formation, rétrocession de matériel) sont faibles, il vous avantage ; si elles sont élevées, vous payez de l’impôt sur un bénéfice surévalué.

La déclaration contrôlée (régime réel BNC)

Au-delà de 83 600 euros, ou sur option en dessous, vous passez à la déclaration contrôlée via le formulaire 2035. Vous déduisez alors vos charges réelles. Ce régime devient intéressant dès que vos frais professionnels dépassent 34 % de vos recettes, ou si vous voulez déduire des cotisations facultatives type loi Madelin ou plan d’épargne retraite.

CritèreMicro-BNCDéclaration contrôlée (2035)
Plafond de recettes83 600 eurosAucun
ChargesAbattement forfaitaire 34 %Charges réelles déduites
ComptabilitéLivre de recettes simpleComptabilité complète
IntérêtFrais faibles, démarrageFrais élevés, optimisation

Notez qu’une option pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu existe, au taux de 2,2 % des recettes pour les BNC, mais elle n’est ouverte que sous condition de revenu fiscal de référence et reste rarement adaptée à un médecin.

4. L’impôt sur le revenu : comment votre bénéfice est taxé

Votre bénéfice BNC, qu’il soit déterminé après abattement ou au réel, s’ajoute aux autres revenus de votre foyer et est soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Pour 2026 (imposition des revenus 2025), les tranches sont les suivantes.

Tranche de revenu imposable par partTaux
Jusqu’à 11 600 euros0 %
De 11 601 à 29 579 euros11 %
De 29 580 à 84 577 euros30 %
De 84 578 à 181 917 euros41 %
Au-delà de 181 917 euros45 %

Exemple Léa, médecin remplaçante thésée, encaisse 60 000 euros de rétrocessions en 2026 et opte pour le micro-BNC. Après l’abattement de 34 %, son bénéfice imposable ressort à 39 600 euros. Sur cette base, elle se situe dans la tranche à 30 %. En parallèle, elle aura versé ses cotisations sociales sur l’intégralité de ses recettes, soit environ 25 à 30 % selon son régime. Le net réellement disponible après impôt et cotisations avoisine ainsi 35 à 40 000 euros : l’écart avec les 60 000 encaissés surprend toujours la première année.

Attention : la première année, vous payez vos cotisations sur une base provisoire faible, puis subissez un rappel l’année suivante quand vos revenus réels sont connus. Provisionnez systématiquement de la trésorerie pour absorber ce décalage.

5. CFE, TVA et obligations a ne pas oublier

La cotisation foncière des entreprises (CFE)

Le médecin remplaçant peut être redevable de la CFE dès lors que son activité est jugée habituelle. Plusieurs exonérations existent : exonération totale l’année de création, réduction de moitié de la base la deuxième année, et exonération en dessous de 5 000 euros de recettes. Des exonérations s’appliquent aussi dans certaines petites communes et zones rurales. Pensez à déposer la déclaration initiale (formulaire 1447-C) avant le 31 décembre de l’année de début.

La TVA

Bonne nouvelle : les actes médicaux et de remplacement sont exonérés de TVA. Vous n’avez ni à la facturer, ni à la déclarer sur vos honoraires de soins.

La prévoyance et la retraite

6. Faut-il passer en société quand on remplace beaucoup ?

Tant que vous remplacez, l’exercice en nom propre suffit le plus souvent. Mais si votre activité devient régulière et substantielle, ou si vous vous orientez vers une installation, la société d’exercice libéral (SEL) mérite réflexion : SELARL ou SELAS, selon vos besoins de gouvernance.

L’intérêt d’une SEL ne tient pas à un quelconque tour de passe-passe sur votre rémunération. Depuis la réforme, la rémunération de l’associé qui exerce son activité libérale dans une SEL, qu’il s’agisse d’une SELARL ou d’une SELAS, est en principe imposée en BNC. Ce point fait l’objet de nombreuses idées fausses : ne raisonnez pas en opposant un statut TNS à un statut assimilé salarié sur cette rémunération technique.

L’intérêt réel de la société se situe ailleurs :

Ne montez pas une SEL trop tôtUne société génère des coûts fixes (comptabilité, juridique, rédaction d’actes) et une rigueur de gestion. Pour un médecin qui remplace, elle n’a de sens que lorsque les bénéfices conservés dans la structure compensent largement ces coûts. C’est un arbitrage à chiffrer, pas un réflexe.

7. Récapitulatif : la bonne démarche en 2026

FAQ

Le médecin remplaçant est-il salarié ou indépendant ?

Indépendant. Les honoraires rétrocédés ne sont pas un salaire : ils relèvent des bénéfices non commerciaux et entraînent une affiliation à l’Urssaf et à la CARMF.

Dois-je facturer la TVA sur mes remplacements ?

Non. Les actes médicaux et de remplacement sont exonérés de TVA. Vous ne la collectez pas et ne la déclarez pas sur vos honoraires de soins.

Quel régime fiscal choisir entre micro-BNC et déclaration contrôlée ?

Le micro-BNC, avec son abattement de 34 %, convient si vos charges réelles sont inférieures à 34 % de vos recettes. Dès qu’elles dépassent ce seuil, ou si vous déduisez des cotisations facultatives, la déclaration contrôlée devient plus avantageuse.

À partir de quel niveau de revenu sortir du RSPM ?

Le RSPM cesse de s’appliquer lorsque vos recettes dépassent 38 000 euros, ou des qu’elles excèdent 19 000 euros deux années consécutives. Le passage au régime de droit commun est alors automatique.

Faut-il créer une SELARL pour réduire ses impôts ?

Pas systématiquement. La société à l’IS est intéressante pour capitaliser et piloter la distribution, mais elle génère des coûts et une complexité. C’est un arbitrage à chiffrer selon le volume et la régularité de votre activité, pas une solution miracle.

Pour aller plus loin

Faites valider votre statut avant qu’il ne vous coûte cher

Un mauvais choix de régime, un décalage de cotisations mal anticipé ou une SEL montée trop tôt peuvent peser plusieurs milliers d’euros. Notre cabinet accompagne les médecins remplaçants et installés à chaque étape.

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