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Professionnel de santé : pourquoi et comment passer en société (SEL) en 2026

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit a l’Ordre de Paris Ile-de-France. Mis a jour le 1er juillet 2026.

Vous exercez en nom propre et vos revenus progressent plus vite que votre besoin de trésorerie personnel ? Le passage en société d’exercice libéral (SEL) peut devenir un levier puissant de fiscalité, de capitalisation et de transmission. Encore faut-il le décider pour les bonnes raisons, et au bon moment.

1. Comprendre ce qu’est une SEL

La société d’exercice libéral est la forme juridique qui permet aux professions réglementées, dont les professionnels de santé (médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, kinésithérapeutes, vétérinaires), d’exercer leur activité au sein d’une société de capitaux tout en respectant les règles déontologiques de leur Ordre.

Les principales formes sont la SELARL (variante libérale de la SARL), la SELAS (variante de la SAS), la SELAFA et la SELCA. Pour un praticien qui s’installe seul, on retrouve le plus souvent la SELARL unipersonnelle (SELARLU) ou la SELASU.

Une société soumise par défaut a l’impôt sur les sociétés

C’est le point central : la SEL est en principe soumise a l’impôt sur les sociétés (IS). C’est ce changement de régime fiscal, par rapport a l’imposition directe des bénéfices a l’impôt sur le revenu (IR) de l’exercice en nom propre, qui ouvre la plupart des optimisations détaillées plus bas.

Point de vigilance 2026Depuis la mise a jour de la doctrine fiscale applicable a compter du 1er janvier 2024, la rémunération que l’associé tire de son activité libérale au sein d’une SEL (que ce soit en SELARL ou en SELAS) est en principe imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC). Seule la part éventuelle rémunérant le mandat social (fonctions de gérance ou de direction) relève d’un autre régime. Ne raisonnez donc plus comme avant en opposant le mode d’imposition de la rémunération selon la forme : c’est l’activité libérale qui détermine la catégorie BNC, indépendamment du choix SELARL ou SELAS. Faites valider votre situation précise par votre conseil.

2. La première raison de passer en société : piloter sa fiscalité

En nom propre, l’intégralité du bénéfice est imposée a l’IR au barème progressif, que vous le consommiez ou non. En SEL, on distingue deux niveaux : le résultat de la société (soumis a l’IS) et ce que vous prélevez réellement (rémunération et, le cas échéant, dividendes).

Cette séparation crée un effet de levier dès lors que votre tranche marginale d’imposition personnelle est élevée et que vous n’avez pas besoin de consommer tout votre bénéfice.

Les taux d’IS 2026

A comparer aux tranches du barème de l’IR, qui peuvent atteindre 41 % puis 45 % pour les revenus élevés, hors prélèvements sociaux.

CritèreExercice en nom propre (BNC, IR)Exercice en SEL (IS)
Imposition du bénéficeBarème progressif de l’IR sur la totalité du bénéficeIS a 15 % puis 25 %, puis IR sur ce que vous prélevez
Bénéfice non consomméImposé quand même, intégralementReste dans la société, taxé seulement a l’IS
CapitalisationDifficile, tout remonte au foyerPossible, la trésorerie peut être réinvestie
Transmission / cessionCession de patientèle ou de fondsCession de titres, montage holding possible
Complexité de gestionPlus légèreComptabilité commerciale, formalisme accru

3. La deuxième raison : capitaliser dans la société

C’est souvent l’argument décisif. En SEL, le bénéfice qui n’est pas distribué reste dans la société après paiement de l’IS. Cette trésorerie peut financer du matériel, des locaux, le remboursement d’un emprunt d’acquisition, ou être placée.

Autrement dit, vous réinvestissez avec de l’argent taxé une seule fois a l’IS, et non amputé du barème de l’IR et des prélèvements sociaux comme en nom propre. Sur un cycle d’investissement long (acquisition d’un cabinet, d’un plateau technique), l’écart de capacité d’épargne est considérable.

L’erreur classiquePasser en SEL puis tout prélever quand même en rémunération et en dividendes. Si vous consommez l’intégralité du résultat chaque année, l’avantage de l’IS disparaît’en grande partie. La SEL prend tout son sens quand une partie significative du bénéfice peut rester capitalisée.

4. La troisième raison : préparer la transmission avec une holding (SPFPL)

Les professions libérales réglementées peuvent détenir leurs titres de SEL au travers d’une société de participations financières de professions libérales (SPFPL), l’équivalent libéral de la holding.

Le régime mère-fille

Lorsque la SPFPL détient au moins 5 % du capital de la SEL et conserve les titres au moins deux ans, les dividendes remontés de la SEL vers la holding bénéficient du régime mère-fille : ils sont quasi exonérés d’IS, seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant réintégrée au résultat imposable. En pratique, environ 95 % des dividendes échappent ainsi a une nouvelle imposition au niveau de la holding.

Concrètement, les dividendes remontent vers la holding en supportant une imposition très faible, ce qui permet de les réemployer (rachat d’un confrère, investissement immobilier professionnel, désendettement) sans la friction fiscale d’une distribution directe a la personne physique.

L’effet de levier a l’acquisition

La SPFPL peut aussi servir a racheter une patientèle ou les titres d’un confrère : la holding s’endette, et les dividendes remontés de la SEL (peu taxés grace au régime mère-fille) remboursent l’emprunt. C’est un schéma classique pour financer une croissance externe ou organiser une transmission progressive.

Attention toutefois : depuis le 1er janvier 2025, la fraction de dividendes dépassant 10 % du capital reste soumise a cotisations sociales TNS y compris lorsqu’elle remonte vers une SPFPL (voir plus bas). Le gain du régime mère-fille porte sur l’IS, pas sur les cotisations.

Exemple Un médecin dégage 180 000 euros de bénéfice. Il décide de se verser 110 000 euros pour son train de vie et de laisser 70 000 euros dans la SEL pour rembourser l’emprunt d’acquisition de son cabinet. En nom propre, les 70 000 euros conservés’auraient malgré tout été imposés’a l’IR a sa tranche marginale, plus les prélèvements sociaux. En SEL, ces 70 000 euros ne supportent que l’IS : 15 % jusqu’a 42 500 euros, puis 25 % au-dela, ce qui libère une capacité de remboursement nettement supérieure. Ces chiffres sont une illustration ; votre situation réelle dépend de votre rémunération, de vos charges sociales et de votre foyer fiscal.

5. Le revers de la médaille : ce que la SEL coûte et impose

Le passage en société n’est jamais neutre. Il faut le mettre en balance avec ses contraintes.

Le sujet des dividendes et des cotisations sociales

Depuis le 1er janvier 2025, le mécanisme historiquement réservé aux gérants majoritaires de SELARL a été étendu a l’ensemble des SEL, SELAS comprise : la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du total formé par le capital social, les primes d’émission et le solde moyen des sommes en compte courant d’associé est traitée comme un revenu d’activité et soumise a cotisations sociales TNS. Le calcul d’un arbitrage rémunération/dividendes doit donc en tenir compte.

Cote fiscalité personnelle des dividendes, le prélèvement forfaitaire unique (PFU, ou flat tax) s’élève en 2026 a 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, la CSG ayant augmenté de 1,4 point au 1er janvier 2026), avec une option possible pour le barème progressif.

6. Quand et comment franchir le pas

Les bons signaux

Les étapes

Le bon réflexeNe décidez jamais d’un passage en SEL sur la seule promesse d’économie d’impôt’affichée par un comparateur en ligne. La bonne décision intègre votre train de vie, vos projets, votre régime social et l’horizon de revente. C’est un arbitrage patrimonial, pas seulement fiscal.

7. SEL et holding SPFPL : faut-il les créer en même temps ?

Pas nécessairement. Beaucoup de praticiens commencent par la SEL seule, puis ajoutent une SPFPL au moment où un projet de capitalisation ou d’acquisition se précise. D’autres structurent l’ensemble dès le départ lorsque la transmission ou la croissance externe est déja a l’ordre du jour.

L’essentiel est la cohérence : la holding n’a d’intérêt que si des dividendes ont vocation a y remonter pour être réemployés. Sans flux a faire circuler, elle n’ajoute que de la complexité.

8. Ce qu’il faut retenir

Un infirmier ou un kinésithérapeute peut-il passer en SEL ?

Oui. La SEL est ouverte a l’ensemble des professions de santé réglementées, sous réserve des règles propres a chaque Ordre. Le raisonnement économique (IS, capitalisation, transmission) est le même que pour un médecin, a l’échelle de vos revenus et de vos projets.

La SEL permet-elle vraiment de payer moins d’impôt ?

Elle permet surtout de différer et de lisser l’imposition. Tant que le bénéfice reste dans la société, il n’est taxé qu’a l’IS. Mais ce que vous prélevez reste imposé a votre niveau. L’économie réelle dépend de votre capacité a ne pas tout consommer.

SELARL ou SELAS : laquelle choisir ?

Le choix ne repose plus principalement sur le mode d’imposition de la rémunération, qui relève des BNC dans les deux cas depuis 2024, ni sur le traitement des dividendes, désormais aligné depuis 2025. Il s’analyse selon la gouvernance souhaitée, le régime social du dirigeant, la souplesse statutaire et vos projets. Un arbitrage a faire avec votre expert-comptable.

Faut-il créer une SPFPL dès le départ ?

Pas obligatoirement. La SPFPL prend son sens quand des dividendes doivent remonter pour financer un investissement, une acquisition ou une transmission. Beaucoup de praticiens l’ajoutent dans un second temps.

Le passage en SEL est-il réversible ?

Sortir d’une société est possible mais coûteux et lourd fiscalement. C’est pourquoi la décision doit s’inscrire dans un horizon de plusieurs années et reposer sur une étude préalable solide.

Pour aller plus loin

Faisons l’étude chiffrée de votre passage en SEL

Avant de décider, comparons votre situation réelle en nom propre et en société, avec ou sans holding. Vous repartez avec une recommandation claire et chiffrée.

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