Créer une société en France suit aujourd’hui un chemin balisé en quatre temps : rédiger et signer les statuts, déposer le capital sur un compte pour obtenir l’attestation de dépôt des fonds, publier un avis de constitution dans un support d’annonces légales, puis déposer la formalité d’immatriculation sur le Guichet unique de l’INPI. Depuis le 1er janvier 2023, cette dernière étape est entièrement dématérialisée et obligatoire : plus de formulaire M0, plus de CFE. Une fois le dossier validé, vous recevez votre numéro SIREN et votre extrait Kbis, et les fonds déposés sont débloqués. Ce guide détaille chaque étape, et surtout le remplissage du formulaire INPI, rubrique par rubrique.
Monter sa société n’a jamais été aussi accessible sur le papier, et jamais aussi déroutant dans la pratique depuis la bascule de toutes les formalités sur une plateforme unique. Ce guide est pensé pour qu’un porteur de projet puisse avancer méthodiquement, comprendre chaque pièce demandée et éviter les blocages les plus courants. Il ne traite pas du choix de la forme juridique (nous y consacrons d’autres guides), mais de la procédure de création elle-même.
Le cadre actuel. Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création passent obligatoirement par le Guichet unique électronique (formalites.entreprises.gouv.fr), géré par l’INPI. Les centres de formalités des entreprises (CFE) et les anciens formulaires papier ont disparu. Le RNE (Registre national des entreprises) centralise les données ; le RCS subsiste pour les sociétés commerciales, et l’INSEE attribue le SIREN, le SIRET et le code APE.
La création s’enchaîne dans un ordre précis : chaque étape produit une pièce exigée à l’étape suivante. Voici la trame complète et les délais indicatifs.
| Étape | Où / qui | Délai indicatif |
|---|---|---|
| 1. Rédaction et signature des statuts | Vous, avec votre conseil | quelques jours |
| 2. Dépôt du capital, attestation de dépôt | Banque, néobanque ou notaire | de 12 h à quelques jours |
| 3. Publication de l’avis de constitution | Support d’annonces légales du département du siège | immédiat à 48 h |
| 4. Dépôt de la formalité de création | Guichet unique (INPI) | 1 à 2 h de saisie |
| 5. Traitement et immatriculation | INSEE puis greffe | quelques jours à 2-3 semaines |
| 6. Réception du SIREN, du code APE et du Kbis | RNE / RCS | cf. ci-dessus |
| 7. Déblocage des fonds | Le dépositaire, sur présentation du Kbis | quelques jours |
Les statuts sont l’acte fondateur de la société : ils en fixent les règles du jeu. Leur rédaction mérite du soin, car certaines clauses sont difficiles à modifier ensuite.
Quelle que soit la forme, les statuts doivent indiquer : la forme juridique, la dénomination sociale (et un éventuel sigle), le siège social, l’objet social, la durée (99 ans au maximum), le montant du capital, les apports de chaque associé et la répartition des parts ou actions, ainsi que les modalités de fonctionnement (direction, majorités, cessions). Ils doivent être datés et signés par tous les associés. On y annexe l’état des actes accomplis pour le compte de la société en formation et, le cas échéant, le rapport du commissaire aux apports.
En SARL/EURL, la direction est assurée par un ou plusieurs gérants, et le fonctionnement est largement encadré par la loi : c’est rassurant, mais peu souple. En SAS/SASU, la société est dirigée par un président et les statuts offrent une grande liberté d’organisation (organes, majorités, droits de vote). Cette souplesse est un atout, à condition de rédiger des statuts solides : mal calibrés, ils créent de l’insécurité.
Le capital minimum légal est de 1 € pour ces formes, mais un montant symbolique nuit à la crédibilité auprès des banques et partenaires. Surtout, vous n’êtes pas obligé de verser tout le capital immédiatement :
| Forme | Libération minimale à la création | Solde |
|---|---|---|
| SARL / EURL | 20 % des apports en numéraire | dans les 5 ans |
| SAS / SASU | 50 % des apports en numéraire | dans les 5 ans |
Les apports en nature (matériel, fonds de commerce, immeuble), eux, doivent être libérés intégralement dès la constitution.
Lorsqu’un associé apporte un bien plutôt que de l’argent, sa valeur doit en principe être contrôlée par un commissaire aux apports. Vous en êtes dispensé si les deux conditions suivantes sont réunies : aucun apport en nature ne dépasse 30 000 €, et la valeur totale des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital. À défaut de commissaire, les associés répondent solidairement de l’évaluation pendant cinq ans : la dispense n’est donc pas sans risque.
Le siège peut être fixé au domicile du dirigeant (sans limite de durée si aucun bail ni règlement de copropriété ne s’y oppose, sinon cinq ans), dans un local commercial, ou via une société de domiciliation agréée. Ce choix détermine le département du support d’annonces légales et le greffe compétent.
Une fois les statuts prêts (au moins en projet), vous déposez les apports en numéraire sur un compte dédié, qui restera bloqué jusqu’à l’immatriculation.
Le dépositaire vous remet alors l’attestation de dépôt des fonds, pièce indispensable du dossier d’immatriculation dès lors qu’il y a des apports en numéraire. Les néobanques la délivrent souvent en quelques heures, les banques traditionnelles en quelques jours. Les fonds resteront indisponibles jusqu’à l’immatriculation : vous les débloquerez en présentant votre Kbis au dépositaire.
Toute création de société doit faire l’objet d’un avis de constitution publié dans un support habilité à recevoir des annonces légales (journal ou service de presse en ligne) du département du siège. L’avis mentionne la dénomination, la forme, le capital, le siège, l’objet, la durée, l’identité du ou des dirigeants et le greffe d’immatriculation.
Depuis 2021, le tarif est forfaitaire selon la forme juridique (et donc identique quel que soit le journal choisi). À titre indicatif, pour une création (tarifs hors taxes, susceptibles d’évoluer chaque année, à vérifier au moment de publier) :
| Forme | Tarif forfaitaire indicatif (hors Réunion et Mayotte) |
|---|---|
| EURL | 124 € |
| SARL | 148 € |
| SASU | 142 € |
| SAS | 199 € |
| SCI | 191 € |
Le support vous délivre une attestation de parution, elle aussi exigée dans le dossier d’immatriculation.
C’est l’étape qui concentre le plus de questions. Tout se passe sur formalites.entreprises.gouv.fr. Le formulaire est dynamique : il s’adapte à vos réponses. Voici le parcours complet.
Préparez à portée de main vos statuts signés, l’attestation de dépôt des fonds, l’attestation de parution et le justificatif de siège. Vous renseignez ensuite, écran après écran :
L’INSEE pré-attribue le SIREN, puis l’autorité compétente (le greffe du tribunal de commerce pour une société commerciale) valide l’immatriculation. Comptez de quelques jours à deux ou trois semaines selon la charge et la qualité du dossier. Vous recevez alors votre SIREN, votre SIRET, votre code APE et votre extrait Kbis. Surveillez votre tableau de bord : une demande de régularisation (pièce manquante, incohérence) bloque le dossier tant qu’elle n’est pas traitée.
Les pièges du Guichet unique. La plateforme reste instable : sessions qui expirent, brouillons perdus, dossiers en attente non signalés, renvois entre l’INPI et l’INSEE. Enregistrez régulièrement, vérifiez votre tableau de bord, et méfiez-vous des courriers d’« inscription à un registre » payants reçus après l’immatriculation : ils sont inutiles et relèvent souvent de l’arnaque.
Au-delà du capital que vous décidez d’apporter, les frais obligatoires sont modestes. Voici un budget indicatif (montants susceptibles d’évoluer, à confirmer au moment de la création) :
| Poste | Montant indicatif |
|---|---|
| Immatriculation au RCS (greffe), société commerciale | environ 34 € |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | environ 19 € |
| Annonce légale (selon la forme) | environ 124 € à 199 € |
| Commissaire aux apports (si requis) | de 500 € à plusieurs milliers d’euros |
| Accompagnement (expert-comptable, avocat, legaltech) | de 0 (seul) à environ 1 500 € |
Pour une société commerciale classique constituée sans apport en nature, le coût des seules formalités obligatoires se situe donc autour de 180 € à 250 €, annonce légale comprise.
L’immatriculation n’est pas la fin du parcours. Dans les jours qui suivent, pensez à :
Non : le minimum légal est de 1 € en SARL, EURL, SAS et SASU. Un montant crédible reste toutefois conseillé pour rassurer banques et partenaires.
Non pour les apports en argent : au moins 20 % en SARL/EURL et 50 % en SAS/SASU à la constitution, le solde dans les cinq ans. Les apports en nature, eux, sont libérés intégralement.
Dans une banque, une néobanque ou chez un notaire. La Caisse des dépôts ne reçoit plus les dépôts de capital des sociétés depuis 2021. Le dépositaire délivre l’attestation de dépôt des fonds.
Après l’immatriculation, en présentant l’extrait Kbis au dépositaire, qui débloque alors les fonds vers le compte professionnel.
Oui pour les sociétés (elle ne concerne pas l’entreprise individuelle ni le micro-entrepreneur). Son tarif est forfaitaire selon la forme juridique.
Dès la création : la déclaration est intégrée à la formalité au Guichet unique. Le bénéficiaire effectif détient plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerce un contrôle sur la société.
Le gérant majoritaire de SARL et le gérant d’EURL relèvent du régime des indépendants. Le président de SAS ou SASU, comme le gérant minoritaire rémunéré, est assimilé salarié.
L’INSEE, à partir de la description de votre activité dans le formulaire. Soyez précis : une description vague mène souvent à un code inexact, parfois pénible à corriger.
En général de quelques jours à deux ou trois semaines, selon la qualité du dossier et la charge des organismes. Une demande de régularisation peut allonger ce délai.
Oui, la procédure est accessible en ligne. Mais le choix de la forme, la rédaction des statuts et les options fiscales et sociales ont des conséquences durables : un accompagnement sécurise des décisions difficiles à défaire ensuite.
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