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Voiture : société ou personnel ? Frais réels, barème kilométrique et taxes 2026

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 5 août 2026.

Faut-il acheter votre voiture au nom de la société ou la garder à titre personnel et vous rembourser en indemnités kilométriques ? La réponse n’est jamais la même selon votre kilométrage professionnel, le prix et les émissions du véhicule, et votre régime fiscal. En 2026, deux taxes annuelles, un plafond d’amortissement lié au CO2 et un avantage en nature revu à la hausse changent l’équation. Voici la méthode complète pour trancher en connaissance de cause.

1. Deux logiques opposées, un seul arbitrage

Le choix se résume à deux scénarios très différents. Soit le véhicule reste votre propriété privée et la société vous verse des indemnités kilométriques pour vos déplacements professionnels : simple, souple, sans charge fiscale sur le véhicule. Soit le véhicule est inscrit à l’actif de la société (achat ou location longue durée / LOA) : la société supporte tous les frais, les amortit ou les déduit, mais subit en contrepartie des taxes annuelles, un plafond de déductibilité et un avantage en nature si vous l’utilisez aussi le week-end.

La règle empirique : en dessous d’environ 10 000 à 15 000 km professionnels par an, les indemnités kilométriques sont souvent plus avantageuses. Au-delà, et surtout pour un véhicule peu émetteur, l’inscription à l’actif peut devenir intéressante. Mais tout dépend des chiffres, que nous détaillons ci-dessous.

2. Garder le véhicule perso : le barème kilométrique 2026

Le barème kilométrique publié par l’administration (impots.gouv.fr, repris par l’URSSAF pour les remboursements de frais) couvre forfaitairement la dépréciation du véhicule, les réparations, l’entretien, les pneumatiques, le carburant et l’assurance. Il dépend de la puissance fiscale et de la distance annuelle. Pour 2026, le barème reste identique à celui de 2025.

Puissance fiscaleJusqu’à 5 000 kmDe 5 001 à 20 000 kmAu-delà de 20 000 km
3 CV et moinsd x 0,529(d x 0,316) + 1 065d x 0,369
4 CVd x 0,606(d x 0,340) + 1 330d x 0,407
5 CVd x 0,636(d x 0,357) + 1 395d x 0,427
6 CVd x 0,665(d x 0,374) + 1 457d x 0,447
7 CV et plusd x 0,697(d x 0,394) + 1 515d x 0,470

« d » correspond à la distance parcourue à titre professionnel dans l’année. Point important en 2026 : pour un véhicule 100 % électrique, le montant obtenu est majoré de 20 % (multiplication du résultat par 1,20). Cette majoration ne concerne ni les hybrides simples ni les hybrides rechargeables.

3. Indemnités kilométriques ou frais réels : que choisir ?

Deux méthodes coexistent pour un véhicule qui reste personnel. Le barème kilométrique est un forfait tout compris ; les frais réels consistent à additionner les dépenses effectives (carburant, entretien, assurance, dépréciation) puis à ne retenir que la quote-part professionnelle. On ne peut pas cumuler les deux pour un même véhicule.

Dans une société (EURL, SASU, SARL, SAS), le remboursement au barème est la voie la plus sûre : le dirigeant est indemnisé sans fiscalité personnelle, et la société déduit la charge. Pour un entrepreneur individuel au réel (BIC ou BNC), le choix barème / frais réels se fait véhicule par véhicule et pour l’année entière.

4. Véhicule à l’actif : amortissement et plafond CO2

Si la société achète le véhicule, elle l’amortit sur sa durée d’usage (souvent 5 ans, soit 20 % par an). Mais pour une voiture particulière, la fraction d’amortissement fiscalement déductible est plafonnée selon les émissions de CO2. La part au-dessus du plafond est réintégrée au résultat imposable chaque année : elle ne réduit pas l’impôt.

Émissions de CO2 (norme WLTP)Plafond d’amortissement déductible
Moins de 20 g/km (véhicules électriques)30 000 €
De 20 à 49 g/km20 300 €
De 50 à 160 g/km18 300 €
Supérieures à 160 g/km9 900 €

Le plafond s’apprécie sur le prix d’acquisition TTC. Un exemple parle de lui-même : une berline thermique à 35 000 € TTC émettant 130 g de CO2 relève du plafond de 18 300 €. Sur 5 ans, la société ne déduit que 18 300 / 5 = 3 660 € par an, alors que l’amortissement comptable serait de 7 000 € ; la différence de 3 340 € par an est réintégrée. Le même raisonnement s’applique en location longue durée ou LOA, où une fraction du loyer est réintégrée selon les mêmes seuils.

5. Les deux taxes annuelles sur les véhicules de société

L’ancienne taxe sur les véhicules de sociétés (TVS) a été remplacée par deux taxes annuelles distinctes sur les véhicules affectés à des fins économiques. Elles concernent les sociétés (à l’IS comme à l’IR) qui possèdent, louent ou même remboursent des indemnités kilométriques au-delà d’un certain seuil. Les véhicules 100 % électriques et à hydrogène en sont exonérés. Depuis 2025, les hybrides ne sont plus exonérés de la taxe CO2.

Ces deux taxes se cumulent et sont dues au titre de chaque véhicule affecté à l’activité, au prorata de sa durée d’utilisation. Elles s’ajoutent donc au coût réel d’un véhicule inscrit à l’actif, et pèsent lourd sur un thermique émetteur conservé plusieurs années.

6. L’avantage en nature du dirigeant ou du salarié

Dès qu’un véhicule de société est utilisé à titre privé (trajets personnels, week-ends, vacances), cet usage constitue un avantage en nature soumis à cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu du bénéficiaire. Un arrêté du 25 février 2025 a relevé les taux d’évaluation forfaitaire pour les véhicules mis à disposition à compter du 1er février 2025.

Situation du véhiculeSans carburant pris en chargeAvec carburant pris en charge
Acheté, moins de 5 ans15 % du prix d’achat TTC20 % du prix d’achat TTC
Acheté, plus de 5 ans10 % du prix d’achat TTC15 % du prix d’achat TTC
Loué (LLD / LOA)50 % du coût global annuel67 % du coût global annuel

Un abattement spécifique s’applique aux véhicules 100 % électriques répondant aux critères environnementaux, mis à disposition entre février 2025 et fin 2027 : l’avantage en nature est réduit de 70 %, dans la limite d’un plafond annuel de 4 641,60 € en 2026. Autrement dit, un dirigeant qui roule électrique voit son avantage imposable fortement diminué, ce qui renforce l’intérêt de ce type de véhicule à l’actif.

7. La TVA : ce que vous récupérez, ce que vous perdez

La TVA est un critère décisif et trop souvent négligé. La règle générale est défavorable aux voitures particulières.

Conséquence pratique : acheter une voiture particulière à l’actif, c’est supporter la TVA sur la totalité du prix, sans jamais la récupérer. C’est l’un des arguments les plus forts en faveur des indemnités kilométriques ou d’un véritable utilitaire.

8. Malus écologique et malus au poids à l’achat

À l’achat d’un véhicule neuf, deux malus peuvent s’ajouter, que le véhicule soit acheté par un particulier ou par une société.

Ces malus renchérissent immédiatement le coût d’entrée d’un thermique à l’actif, et s’ajoutent à la TVA non récupérable et au plafond d’amortissement. L’addition peut vite être salée.

9. Exemple chiffré : société contre personnel

Prenons un dirigeant de SASU qui parcourt 15 000 km professionnels par an et envisage une berline à 35 000 € TTC, thermique, 130 g de CO2, 5 CV, utilisée aussi le week-end.

Poste (par an)Véhicule personnel + IKVéhicule à l’actif
Charge déductible pour la société6 750 € (indemnités)3 660 € (amortissement plafonné) + carburant, assurance, entretien
TVA sur l’achatSans objetNon récupérable (environ 5 800 € perdus)
Taxes annuelles (CO2 + polluants)0 €Environ 350 à 500 €
Avantage en nature imposable0 €5 250 € (15 % du prix TTC)
Malus à l’achatSans objetMalus CO2 possible (130 g)

Dans ce cas de figure très courant, garder le véhicule à titre personnel et se faire rembourser 6 750 € d’indemnités kilométriques est nettement plus simple et souvent plus avantageux : pas de TVA perdue, pas de taxes, pas d’avantage en nature, pas de malus supporté par l’entreprise. L’inscription à l’actif ne reprend l’avantage que dans deux situations : un kilométrage professionnel très élevé qui rend l’amortissement et les frais réels supérieurs aux indemnités, ou un véhicule électrique, qui cumule plafond d’amortissement de 30 000 €, exonération des deux taxes et des malus, TVA récupérable sur l’électricité et avantage en nature abattu de 70 %. C’est précisément pour ces profils que le calcul mérite d’être refait poste par poste.

Puis-je cumuler indemnités kilométriques et frais réels sur le même véhicule ?

Non. Pour un véhicule donné et sur une même année, vous choisissez soit le barème kilométrique, soit les frais réels. Le cumul est impossible. En pratique, le barème est retenu dans la grande majorité des cas car il évite de justifier chaque dépense.

Un véhicule électrique à l’actif est-il vraiment plus intéressant ?

Souvent, oui. Il bénéficie du plafond d’amortissement le plus élevé (30 000 €), de l’exonération des deux taxes annuelles et des malus, d’une TVA récupérable à 100 % sur l’électricité et d’un avantage en nature réduit de 70 % (plafonné à 4 641,60 € en 2026). Le calcul reste toutefois à personnaliser selon le prix et votre usage.

Les indemnités kilométriques sont-elles imposables pour le dirigeant ?

Non, tant qu’elles correspondent à des déplacements professionnels réels et respectent le barème officiel. Elles sont déductibles chez la société et non imposables pour le bénéficiaire. Un suivi rigoureux des kilomètres (dates, trajets, motifs) est indispensable en cas de contrôle.

La société doit-elle payer les taxes si je roule en électrique ?

Non pour les deux taxes annuelles sur les véhicules de société : les véhicules 100 % électriques et à hydrogène en sont exonérés. Attention en revanche : les hybrides ne bénéficient plus de l’exonération de la taxe sur les émissions de CO2 depuis 2025.

Puis-je récupérer la TVA sur ma voiture de tourisme ?

Non sur l’achat ou la location d’une voiture particulière. Vous récupérez seulement 80 % de la TVA sur le gazole et l’essence, et 100 % sur l’électricité de recharge. La TVA n’est intégralement récupérable, achat compris, que pour un véhicule utilitaire.

Que se passe-t-il si mon amortissement dépasse le plafond CO2 ?

La fraction d’amortissement au-dessus du plafond (par exemple au-delà de 18 300 € pour un véhicule de 50 à 160 g) est réintégrée chaque année dans le résultat imposable de la société. Elle est comptabilisée mais ne procure aucune économie d’impôt.

Voiture de société ou indemnités : faisons le calcul ensemble

Chaque situation a sa réponse chiffrée. Le cabinet Ascencia compare pour vous les scénarios achat, LOA et indemnités kilométriques, en intégrant amortissement, taxes, TVA, avantage en nature et malus, pour retenir l’option la moins-disante fiscalement. Prenez rendez-vous : nous arbitrons sur vos vrais chiffres.

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