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Si vous exercez votre profession réglementée (médecin, avocat, chirurgien-dentiste, vétérinaire, pharmacien) au sein d’une société d’exercice libéral, une réforme fiscale majeure vous concerne directement. Depuis l’imposition des revenus 2024, la rémunération que vous percevez au titre de votre activité libérale n’est plus imposée comme un salaire ni comme une rémunération de gérant relevant de l’article 62 du CGI, mais dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC). Cet article vous explique le fondement de ce changement, la distinction délicate entre fonctions techniques et fonctions de gérance, et les conséquences très concrètes pour votre déclaration, votre comptabilité et votre stratégie de rémunération.
Jusqu’à présent, l’associé d’une SEL déclarait sa rémunération soit en traitements et salaires (associé de SELAS, SELAFA), soit en rémunération de gérant relevant de l’article 62 du CGI (gérant majoritaire de SELARL). Ce cadre offrait, dans les deux cas, un abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels et une déclaration relativement simple. L’administration fiscale a mis fin à cette pratique. Dans une mise à jour de sa doctrine (BOFiP) du 27 décembre 2023, complétée par un rescrit du 24 avril 2024 (BOI-RES-BNC-000136), elle considère désormais que les sommes perçues par l’associé au titre de son activité libérale relèvent en principe des BNC. Ce n’est pas une simple précision technique : c’est un changement de catégorie qui emporte des effets sur la déclaration, la comptabilité et, in fine, le montant d’impôt dû.
La logique retenue par l’administration est la suivante : lorsque vous exercez votre art au sein de la SEL, vous agissez en votre qualité de professionnel libéral, sans lien de subordination avec la société. Cette activité personnelle et indépendante correspond, par nature, à la définition des bénéfices non commerciaux au sens de l’article 92 du CGI. Le salaire ou la rémunération de l’article 62 suppose au contraire un mandat social ou un lien de subordination, qui ne caractérise pas l’exercice technique de la profession.
C’est le cœur du sujet. Votre rémunération globale doit désormais être ventilée entre deux natures de fonctions, qui ne suivent pas le même régime fiscal.
| Nature de la fonction | Catégorie d’imposition | Commentaire |
|---|---|---|
| Fonctions techniques (exercice de la profession : soins, actes, consultations, plaidoiries) | BNC | Régime de principe depuis 2024, sans abattement de 10 %. |
| Fonctions de gérance ou mandat social (gérant majoritaire de SELARL, associé gérant de SELCA) | Article 62 du CGI | Peut rester en article 62 si la rémunération du mandat est distincte et justifiée. |
| Mandat social sans subordination (président de SELAS, dirigeant de SELAFA) | Traitements et salaires | Pour la seule part liée au mandat, si elle est identifiable. |
Attention : la tolérance administrative qui permettait de rattacher forfaitairement 5 % de la rémunération totale au mandat social, sans justification, a été jugée illégale par le Conseil d’État le 8 avril 2025. Vous ne pouvez donc plus appliquer d’abattement automatique : la part rattachée à la gérance doit reposer sur des éléments concrets (temps consacré, missions réellement distinctes, décision d’assemblée fixant une rémunération spécifique de mandat).
Le passage en BNC entraîne des obligations déclaratives et comptables propres à cette catégorie. Deux régimes existent selon le niveau de la rémunération technique.
En pratique, la rémunération versée par la SEL constitue la recette de l’associé ; certaines dépenses professionnelles supportées personnellement peuvent être déduites du BNC, sous réserve de ne pas déjà être prises en charge par la société. L’adhésion à un organisme de gestion agréé ou le recours à un expert-comptable conventionné peut, par ailleurs, sécuriser la tenue de la déclaration. Ce nouveau formalisme demande de l’anticipation : mieux vaut mettre en place la comptabilité recettes-dépenses dès le début de l’exercice plutôt que de la reconstituer a posteriori.
La réforme est de nature fiscale. Elle ne modifie pas, en principe, votre régime social : l’associé de SEL exerçant une activité libérale reste affilié en tant que travailleur non salarié (TNS) pour le gérant majoritaire de SELARL, ou au régime général pour certains dirigeants de SELAS. Les cotisations sociales continuent de se calculer sur l’assiette propre à chaque régime.
La question de la TVA a légitimement inquiété de nombreux associés. L’administration a précisé que la rémunération perçue par l’associé au titre de son activité au sein de la SEL n’est, en principe, pas soumise à la TVA.
Ce changement rebat les cartes de l’arbitrage classique entre rémunération et dividendes en SEL. La rémunération technique perd l’abattement de 10 % qui existait en traitements et salaires ou en article 62, ce qui augmente la base imposable à l’impôt sur le revenu pour un même montant versé.
| Levier | Régime fiscal | À surveiller |
|---|---|---|
| Rémunération technique | BNC, sans abattement de 10 %, charges réelles déductibles | Poids des cotisations TNS et de l’impôt sur le revenu |
| Dividendes de SEL | Flat tax de 30 % ou barème progressif sur option | Cotisations sociales sur la part de dividendes dépassant 10 % du capital pour les TNS |
Le sujet est techniquement sensible et fait encore l’objet d’ajustements. Une ventilation mal justifiée expose à un redressement, et l’administration attend des éléments concrets.
Non. Depuis les revenus 2024, la part correspondant à votre activité libérale (fonctions techniques) est imposée en BNC, et non plus en traitements et salaires ni en article 62 du CGI, sauf lien de subordination avéré, qui reste exceptionnel pour un associé exerçant sa propre profession.
Oui, mais seulement pour une rémunération de gérance réellement distincte et justifiée. La tolérance forfaitaire de 5 %, qui permettait un rattachement automatique, a été jugée illégale par le Conseil d’État le 8 avril 2025. Il faut donc des éléments concrets et une décision d’assemblée séparée.
Si votre rémunération technique dépasse le seuil du micro-BNC, oui : vous relevez de la déclaration contrôlée et déposez une 2035, avec une comptabilité recettes-dépenses. En deçà du seuil, le régime micro-BNC avec abattement forfaitaire s’applique et la déclaration se fait sur la 2042-C-PRO. Le seuil est à vérifier chaque année.
La réforme est fiscale : elle ne modifie pas en principe votre régime social (TNS pour le gérant majoritaire de SELARL, régime général pour certains dirigeants de SELAS). Vos cotisations Madelin restent déductibles, mais l’articulation entre assiette fiscale BNC et assiette sociale doit être vérifiée avec soin.
En principe non. L’administration considère que cette rémunération, perçue au titre de votre activité au sein de la société dont vous êtes associé, est hors champ de la TVA. Des flux réellement autonomes entre structures peuvent toutefois relever de la TVA et doivent être examinés séparément.
C’est recommandé. La perte de l’abattement de 10 % sur la rémunération technique modifie l’équation. Selon votre taux marginal, vos cotisations et vos besoins, l’arbitrage entre rémunération et dividendes mérite un chiffrage complet avant votre prochaine assemblée.
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