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Le capital social : combien mettre, comment le libérer, apports en numéraire et en nature

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 1er juillet 2026.

Un euro suffit-il vraiment pour créer sa société ? Techniquement oui, mais le capital social n’est pas qu’une formalité : c’est le socle de votre crédibilité et de votre trésorerie de départ. Voici comment fixer le bon montant, distinguer apports en numéraire et en nature, et libérer votre capital sans faux pas.

1. Qu’est-ce que le capital social, vraiment

Le capital social représente la somme des apports que les associés ou actionnaires mettent à disposition de la société lors de sa création, en échange de parts sociales (SARL, EURL) ou d’actions (SAS, SASU, SA). En contrepartie de leur apport, ils reçoivent des titres qui déterminent leur poids dans les votes et leur part dans les bénéfices.

Il faut distinguer trois notions souvent confondues :

Le capital social joue plusieurs rôles : il finance les premiers besoins de l’entreprise, il sert de gage aux créanciers et il envoie un signal aux banques, aux fournisseurs et aux clients sur la solidité du projet.

2. Combien mettre : la question du montant

Pour la plupart des formes sociales courantes, il n’existe aucun minimum légal. Vous pouvez créer une SARL, une EURL, une SAS ou une SASU avec un capital de 1 euro symbolique. Seule la société anonyme (SA) impose un capital minimum de 37 000 euros.

Mais ce n’est pas parce que c’est autorisé que c’est conseillé. Un capital de 1 euro fragilise immédiatement la société : trésorerie nulle, crédibilité réduite face aux banques, et risque accru de sous-capitalisation si les pertes des premiers exercices entament les capitaux propres.

Les critères pour calibrer le montant

Notre conseil de praticienVisez un capital cohérent avec votre premier exercice plutôt qu’un chiffre rond impressionnant. Pour une activité de services sans investissement lourd, quelques milliers d’euros suffisent souvent. Pour un projet capitalistique ou un dossier bancaire, montez davantage. Le bon capital est celui qui couvre vos besoins réels sans immobiliser une trésorerie dont vous auriez besoin ailleurs.

3. Les apports en numéraire

L’apport en numéraire est un apport d’argent. C’est la forme la plus simple et la plus fréquente. Les fonds sont déposés sur un compte bloqué au nom de la société en formation, auprès d’une banque, d’un notaire ou de la Caisse des dépôts. En échange, le dépositaire délivre une attestation de dépôt des fonds, pièce indispensable pour immatriculer la société.

Une fois la société immatriculée, le gérant ou le président présente l’extrait Kbis à la banque pour débloquer les fonds, qui deviennent alors disponibles pour l’activité.

La libération des apports en numéraire

Libérer un apport, c’est verser effectivement les sommes promises. La loi autorise une libération partielle à la création, le solde devant intervenir dans un délai maximal de 5 ans suivant l’immatriculation. Les règles diffèrent selon la forme sociale :

Forme socialeCapital minimum légalLibération minimale à la constitutionDélai pour le solde
SARL / EURL1 euro20 pour cent des apports en numéraire5 ans
SAS / SASU1 euro50 pour cent des apports en numéraire5 ans
SA37 000 euros50 pour cent des apports en numéraire5 ans

Attention : la libération partielle a une conséquence fiscale importante. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés ne peut bénéficier du taux réduit d’IS que si son capital est intégralement libéré. Libérer la totalité dès le départ est donc souvent préférable lorsque vous visez ce taux réduit.

Exemple Deux associés créent une SAS avec un capital souscrit de 20 000 euros, entièrement en numéraire. La loi leur permet de ne libérer que 50 pour cent à la constitution, soit 10 000 euros déposés sur le compte bloqué. Les 10 000 euros restants devront être versés dans les 5 ans. S’ils souhaitent toutefois bénéficier du taux réduit d’IS, ils ont intérêt à libérer la totalité des 20 000 euros immédiatement.

4. Les apports en nature

L’apport en nature consiste à apporter un bien autre que de l’argent : matériel, véhicule, fonds de commerce, brevet, parts de société, voire un bien immobilier. Le bien doit être évalué, et sa valeur vient grossir le capital social en contrepartie de parts ou d’actions.

Contrairement aux apports en numéraire, les apports en nature doivent être intégralement libérés dès la constitution : on ne peut pas apporter une machine à moitié.

L’intervention du commissaire aux apports

Pour sécuriser l’évaluation, la loi prévoit en principe l’intervention d’un commissaire aux apports, professionnel indépendant qui vérifie la valeur retenue. Les associés peuvent toutefois s’en dispenser, à l’unanimité, si deux conditions sont réunies simultanément :

Si l’une de ces deux conditions n’est pas remplie, le commissaire aux apports devient obligatoire. Cette règle s’applique aujourd’hui de manière identique aux SARL et aux SAS.

Le piège de la surévaluationEn cas de dispense de commissaire aux apports, les associés restent personnellement et solidairement responsables, pendant 5 ans, de la valeur attribuée aux biens vis-à-vis des tiers. Surévaluer un apport pour gonfler artificiellement le capital expose donc à un vrai risque juridique. Mieux vaut une évaluation prudente et documentée.

5. Et l’apport en industrie ?

Il existe une troisième catégorie, plus rare : l’apport en industrie, qui consiste à mettre à disposition de la société son savoir-faire, son travail ou ses connaissances techniques. Ce type d’apport ne concourt pas à la formation du capital social, car il n’est ni saisissable ni cessible.

L’apporteur en industrie reçoit malgré tout des parts sociales lui ouvrant droit au partage des bénéfices et au vote, dans les conditions prévues par les statuts. Il est admis en SARL et en SAS, mais reste interdit dans les SA.

6. Les étapes concrètes pour constituer le capital

7. Un coup de pouce fiscal pour les souscripteurs

Souscrire au capital d’une PME peut ouvrir droit, pour une personne physique, à une réduction d’impôt sur le revenu dite IR-PME, sous réserve de respecter de nombreuses conditions tenant à la société, à la durée de conservation des titres et aux plafonds annuels de versement. Cet avantage entre par ailleurs dans le plafonnement global des niches fiscales.

Les taux et les catégories d’entreprises éligibles ont fait l’objet de plusieurs ajustements législatifs récents, avec des taux majorés pour certaines entreprises innovantes. Avant de fonder une décision d’investissement sur cet avantage, faites valider l’éligibilité précise de votre situation, car les règles évoluent et les conditions sont strictes.

8. FAQ

Peut-on vraiment créer une société avec 1 euro de capital ?

Oui, pour une SARL, une EURL, une SAS ou une SASU, aucun capital minimum n’est exigé. Mais ce n’est pas recommandé : une société sans trésorerie de départ manque de crédibilité et risque la sous-capitalisation. Seule la SA impose un minimum, fixé à 37 000 euros.

Que se passe-t-il si je ne libère pas le solde du capital dans les 5 ans ?

Le défaut de libération dans le délai expose la société et ses dirigeants à des sanctions, et tout intéressé peut demander en justice que les associés soient contraints de libérer leur part. De plus, tant que le capital n’est pas intégralement libéré, la société ne peut pas bénéficier du taux réduit d’impôt sur les sociétés.

Le commissaire aux apports est-il toujours obligatoire ?

Non. En SARL comme en SAS, on peut s’en dispenser à l’unanimité si aucun apport en nature n’excède 30 000 euros et si l’ensemble des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital social. Au-delà, sa nomination redevient obligatoire.

Puis-je augmenter mon capital plus tard ?

Oui. Le capital social n’est pas figé : vous pouvez procéder à une augmentation de capital par apports nouveaux ou par incorporation de réserves, ou à une réduction, en respectant le formalisme propre à chaque forme sociale. C’est une opération courante au fil de la vie de l’entreprise.

Capital faible ou capital élevé : qu’est-ce qui rassure le banquier ?

Un capital significatif et libéré témoigne de l’engagement des associés et améliore le ratio de fonds propres examiné par la banque. À projet égal, un dossier présentant un capital solide obtient plus facilement un financement qu’un dossier au capital symbolique.

Pour aller plus loin

Vous préparez la création de votre société ?

Calibrer le capital, choisir entre apports en numéraire et en nature, sécuriser l’évaluation : ces choix structurent votre projet pour des années. Faisons le point ensemble avant de signer vos statuts.

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