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Vétérinaire : exercer en société et céder sa clientèle (2026)

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 27 août 2026.

Que vous soyez praticien canin en ville, vétérinaire rural ou associé d’une structure mixte, deux décisions structurent votre carrière : la forme sous laquelle vous exercez et la façon dont, un jour, vous transmettrez votre clientèle. Entre l’exercice individuel en BNC, la SEL de vétérinaires, la SCP et la holding SPFPL, les options se sont multipliées, et la réforme du droit des sociétés d’exercice libéral entrée en vigueur le 1er septembre 2024 a rebattu les cartes. Ce guide pédagogique fait le point sur le cadre 2026 : structures, régime fiscal, valorisation et cession, fiscalité de la plus-value, retraite CARPV et emploi de vos équipes. Les montants cités sont vérifiés à la date de mise à jour ; certains dispositifs restant sensibles, nous vous invitons à les confirmer avec votre conseil avant toute décision.

1. Les structures d’exercice du vétérinaire

Le vétérinaire libéral dispose d’un éventail de formes juridiques. Le choix dépend de votre situation (seul ou en association), de votre besoin de protection du patrimoine et de votre stratégie de transmission.

La réforme issue de l’ordonnance du 8 février 2023, applicable depuis le 1er septembre 2024, a refondu l’ensemble du droit des SEL. Les statuts des sociétés existantes ont dû être mis en conformité, notamment sur la gouvernance et l’information de l’Ordre.

2. Détention du capital et règles de l’Ordre

L’indépendance professionnelle du vétérinaire est le fil conducteur des règles ordinales. Le Code rural et de la pêche maritime encadre strictement la répartition du capital des sociétés d’exercice.

Ces règles évoluent régulièrement. Avant toute entrée d’investisseur ou montage de holding, faites valider la répartition envisagée : une clause mal calibrée peut fragiliser l’inscription de la société.

3. Le choix du régime fiscal : IR ou IS

C’est l’arbitrage central. En BNC ou en société transparente, le résultat est imposé chaque année à l’impôt sur le revenu, que vous l’ayez prélevé ou non. À l’impôt sur les sociétés, la société paie son propre impôt et vous n’êtes taxé personnellement que sur ce que vous prélevez (rémunération et dividendes).

CritèreImpôt sur le revenu (BNC, SCP)Impôt sur les sociétés (SELARL, SELAS)
Base imposée à votre nomLa totalité du bénéficeLa rémunération et les dividendes prélevés
TauxBarème progressif de l’IR15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà
Réinvestir sans être taxéNonOui, le bénéfice conservé reste dans la société
DividendesSans objetFlat tax 30 % ou barème, cotisations sur la part au-delà de 10 % du capital

L’IS devient intéressant lorsque vos revenus dépassent nettement votre train de vie, car il permet d’autofinancer du matériel, une reprise ou un remboursement d’emprunt avec un bénéfice faiblement imposé. Attention : en SEL, les revenus tirés de l’activité libérale sont désormais imposés en BNC et non en traitements et salaires, un point à intégrer dans vos calculs.

4. La SPFPL vétérinaire : la holding de tête

La société de participations financières de profession libérale (SPFPL) est une holding dont l’objet est de détenir des parts de SEL de vétérinaires. C’est l’outil de structuration patrimoniale et de croissance.

Le montage a un coût de fonctionnement et une réelle complexité déclarative : il se justifie à partir d’un certain niveau de valorisation ou lorsqu’un projet de rachat ou de regroupement est concret.

5. Valoriser une clientèle vétérinaire

La clientèle du vétérinaire s’appuie sur le droit de présentation : le cédant présente sa clientèle au repreneur et s’engage à ne pas se réinstaller à proximité. Sa valeur n’est pas figée par un barème officiel, mais deux méthodes dominent la pratique.

6. Achat des titres ou achat du fonds ?

Reprendre une structure existante peut se faire de deux manières, aux conséquences très différentes.

CritèreAchat du fonds (clientèle, matériel)Achat des titres (parts de la SEL)
Ce que l’on achèteLes actifs : clientèle, matériel, stockLa société, avec son actif et son passif
Passif reprisNon, sauf exceptionsOui, y compris les risques latents
Amortissement pour le repreneurPossible sur certains élémentsNon sur le prix des titres
Droits d’enregistrementBarème sur les fonds (3 % puis 5 %)Droits sur cession de parts ou d’actions
Financement par la holdingMoins adaptéAdapté (rachat par SPFPL)

L’achat du fonds est plus simple et plus sûr pour le repreneur, qui repart d’une page comptable propre. L’achat des titres, souvent porté par une SPFPL, optimise le financement mais exige un audit rigoureux et des garanties de passif solides.

7. La fiscalité de la cession

Céder sa clientèle ou ses titres génère une plus-value professionnelle. Plusieurs dispositifs permettent de l’exonérer, en tout ou partie, sous conditions. Ils ne se cumulent pas librement et supposent une analyse au cas par cas.

Ces régimes obéissent à des conditions de durée, de forme et de calendrier très précises. Une erreur de chronologie (par exemple sur la date de départ en retraite) peut faire perdre l’exonération : anticipez la cession au moins un à deux ans à l’avance.

8. Un exemple chiffré de valorisation

Prenons une clinique canine parisienne exploitée en SELARL, réalisant 600 000 € de chiffre d’affaires et un EBE retraité de 150 000 € après rémunération du praticien.

MéthodeBaseCoefficientValeur indicative
Pourcentage du CA600 000 €70 %420 000 €
Multiple d’EBE150 000 €x 3,5525 000 €
Fourchette retenue——420 000 à 525 000 €

Les deux approches se recoupent autour de 450 000 à 500 000 €. À ce niveau de prix, l’article 238 quindecies peut permettre une exonération totale de la plus-value sur la cession de la clientèle si les conditions sont réunies. Cet exemple est purement illustratif : la valeur réelle dépend de l’état du matériel, du bail, de la structure d’équipe et de la dépendance au cédant. Un rapport de valorisation motivé reste indispensable, notamment pour convaincre la banque du repreneur.

9. Retraite CARPV et emploi de salariés

Le vétérinaire libéral cotise à la CARPV, sa caisse de retraite et de prévoyance. Comprendre son fonctionnement aide à arbitrer rémunération, dividendes et calendrier de cession.

Puis-je ouvrir le capital de ma SEL à un investisseur non vétérinaire ?

Oui, mais dans des limites strictes : plus de la moitié du capital et des droits de vote doit rester détenue par des vétérinaires en exercice, directement ou via une société inscrite. Une part minoritaire peut être ouverte à des tiers. Faites toujours valider la répartition par l’Ordre avant de signer.

Vaut-il mieux vendre ma clientèle ou les titres de ma société ?

Cela dépend de votre objectif. La cession de fonds est plus simple et laisse au repreneur une comptabilité nette. La cession de titres, souvent portée par une holding SPFPL, optimise le financement du repreneur mais suppose un audit et une garantie de passif. Le régime fiscal applicable diffère aussi selon le cas.

À combien se valorise une clientèle vétérinaire en 2026 ?

Il n’existe pas de barème officiel. En pratique, on observe une fourchette large, souvent 40 % à 80 % du chiffre d’affaires, ou un multiple de 3 à 6 fois l’EBE retraité. Le canin urbain se situe plutôt dans le haut, le rural dans le bas. Seul un rapport de valorisation motivé donne un chiffre défendable.

La SPFPL est-elle réservée aux grosses structures ?

Elle se justifie surtout dès qu’il y a un projet de rachat financé par emprunt, un regroupement de sites ou une transmission progressive. En dessous d’un certain niveau de valorisation, son coût de fonctionnement et sa complexité déclarative ne sont pas toujours amortis. Un chiffrage préalable tranche la question.

Vais-je payer de l’impôt sur la plus-value de cession ?

Pas nécessairement. Les articles 151 septies (recettes), 238 quindecies (valeur cédée) et 151 septies A (départ à la retraite) peuvent exonérer tout ou partie de la plus-value. Les conditions de durée et de calendrier sont strictes, et les prélèvements sociaux peuvent rester dus dans certains cas. Une simulation en amont est indispensable.

En SEL, ma rémunération est-elle imposée comme un salaire ?

Non. Depuis les évolutions récentes, les revenus tirés de l’exercice libéral en SEL sont en principe imposés en bénéfices non commerciaux, et non en traitements et salaires. Cela change vos obligations déclaratives et peut modifier votre imposition : ce point mérite une revue précise de votre situation.

Structurer votre exercice et préparer votre cession

Choix IR/IS, montage SPFPL, valorisation de clientèle, optimisation de la plus-value : chaque étape mérite une analyse sur mesure. Le cabinet Ascencia accompagne les vétérinaires libéraux à Paris et à distance, de l’installation à la transmission. Prenez rendez-vous Ascencia pour faire le point sur votre situation.

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