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Acheter un bien moins cher que sa valeur, ne percevoir aucun loyer pendant des années, ne payer ni impôt foncier ni IFI sur ce bien, puis récupérer la pleine propriété sans frais : c’est la promesse de la nue-propriété. Voici comment ce mécanisme fonctionne et quelle fiscalité s’y applique en 2026.
La propriété d’un bien immobilier peut être divisée en deux droits distincts, détenus par deux personnes différentes. On parle alors de démembrement de propriété.
Investir en nue-propriété, c’est acheter ce second droit. Pendant toute la durée du démembrement, généralement comprise entre dix et vingt ans, vous n’avez ni l’usage du bien ni les loyers. En contrepartie, vous l’achetez avec une forte décote, et à l’échéance vous redevenez automatiquement plein propriétaire.
Le démembrement peut être viager (l’usufruit dure jusqu’au décès de l’usufruitier) ou temporaire (l’usufruit est fixé pour une durée déterminée, par exemple quinze ans). L’investissement locatif en nue-propriété repose presque toujours sur un usufruit temporaire confié à un bailleur professionnel, souvent un bailleur social ou institutionnel, qui gère et loue le bien pendant toute la période.
Pour répartir la valeur du bien entre l’usufruit et la nue-propriété, l’administration fiscale utilise un barème légal fixé par l’article 669 du Code général des impôts. Ce barème dépend de l’âge de l’usufruitier pour un usufruit viager, ou de la durée pour un usufruit temporaire. Il est inchangé depuis 2004 et reste applicable en 2026.
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| Moins de 31 ans | 80 % | 20 % |
| Moins de 41 ans | 70 % | 30 % |
| Moins de 51 ans | 60 % | 40 % |
| Moins de 61 ans | 50 % | 50 % |
| Moins de 71 ans | 40 % | 60 % |
| Moins de 81 ans | 30 % | 70 % |
| Moins de 91 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Lorsque l’usufruit est constitué pour une durée fixe, sa valeur fiscale est estimée à 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de dix ans, sans fraction et sans tenir compte de l’âge de l’usufruitier. Un usufruit de dix ans vaut donc 23 % du bien, et la nue-propriété 77 %. Un usufruit de vingt ans vaut 46 %, et la nue-propriété 54 %. Une durée intermédiaire, par exemple quinze ans, compte pour une seule période de dix ans entamée : l’usufruit vaut alors 23 %, la nue-propriété 77 %.
Le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu : il n’a donc aucun revenu foncier à déclarer pendant toute la durée du démembrement. C’est l’usufruitier qui déclare et qui est imposé, le cas échéant, sur les loyers qu’il encaisse.
C’est l’un des points les plus intéressants. En principe, le bien démembré figure à l’IFI uniquement chez l’usufruitier, pour sa valeur en pleine propriété. Le nu-propriétaire, lui, ne déclare rien au titre de ce bien. La nue-propriété sort donc, en règle générale, de l’assiette de votre IFI.
Beaucoup d’investisseurs pensent pouvoir déduire les intérêts de leur emprunt de leurs revenus fonciers. En réalité, c’est rarement possible dans un investissement en nue-propriété classique. La déduction est admise lorsque l’usufruit est détenu temporairement par un bailleur social, un organisme de logement social ou assimilé, et que le bien est loué. En revanche, lorsque l’usufruitier se réserve la jouissance du bien, ou lorsque les revenus ne sont pas imposés entre ses mains dans la catégorie des revenus fonciers, les charges du nu-propriétaire ne sont pas déductibles. La structure précise de l’opération est donc déterminante.
Pendant le démembrement, c’est l’usufruitier qui supporte la taxe foncière et l’entretien courant. Le nu-propriétaire ne prend à sa charge que les grosses réparations, au sens de l’article 606 du Code civil, sauf clause contraire prévue par le montage.
À l’extinction de l’usufruit, qu’il soit temporaire (arrivé à terme) ou viager (au décès de l’usufruitier), vous récupérez la pleine propriété du bien sans aucun droit de mutation : ni droits de succession, ni droits de donation, ni taxe de publicité foncière. Cette reconstitution est l’un des grands ressorts de l’optimisation : vous avez payé une fraction de la valeur, et vous recevez la totalité, sans impôt sur le gain de reconstitution.
Si, devenu plein propriétaire, vous revendez le bien, la plus-value imposable se calcule classiquement : prix de vente diminué du prix d’acquisition de la nue-propriété et des frais. Point essentiel : la durée de détention qui ouvre droit aux abattements court à compter de la date d’acquisition de la nue-propriété, et non de la date de récupération de l’usufruit.
La plus-value immobilière des particuliers est taxée à 19 % au titre de l’impôt sur le revenu et à 17,2 % de prélèvements sociaux, avec des abattements pour durée de détention :
| Élément | Impôt sur le revenu (19 %) | Prélèvements sociaux (17,2 %) |
|---|---|---|
| Abattement de la 6e à la 21e année | 6 % par an | 1,65 % par an |
| 22e année | 4 % | 1,60 % |
| De la 23e à la 30e année | — | 9 % par an |
| Exonération totale | au-delà de 22 ans | au-delà de 30 ans |
Compte tenu de la longue durée des démembrements, un investisseur qui conserve le bien plusieurs années après la reconstitution peut largement réduire, voire annuler, l’imposition de sa plus-value.
La nue-propriété est un outil de transmission très efficace, en particulier dans le cadre d’une donation au sein de la famille.
Cette mécanique permet de transmettre un patrimoine immobilier en ayant fiscalisé une base réduite, tout en conservant les revenus du bien de son vivant.
Exemple Un investisseur achète la nue-propriété d’un appartement d’une valeur de 300 000 euros, dans le cadre d’un usufruit temporaire de quinze ans confié à un bailleur social. La décote commerciale négociée est de 35 % : il paie donc 195 000 euros au lieu de 300 000 euros. Pendant quinze ans, il ne perçoit aucun loyer, ne déclare aucun revenu foncier, ne supporte pas les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les loyers, et ce bien ne figure pas à son IFI. À l’échéance, il récupère la pleine propriété d’un bien valorisé (hypothèse de marché stable) à 300 000 euros, sans droit de mutation. S’il revend à ce prix, sa plus-value brute est de 105 000 euros, mais quinze années de détention ouvrent déjà droit à des abattements significatifs ; en conservant le bien quelques années de plus, il peut tendre vers l’exonération.
En règle générale, non. Le bien est déclaré à l’IFI chez l’usufruitier pour sa valeur en pleine propriété, et le nu-propriétaire ne déclare rien. Des exceptions existent, notamment lorsque le démembrement résulte d’une succession au profit du conjoint survivant.
Le plus souvent non dans un montage classique. La déduction est admise principalement lorsque l’usufruit temporaire est détenu par un bailleur social ou un organisme assimilé et que le bien est loué. Lorsque l’usufruitier se réserve la jouissance ou que les loyers ne sont pas imposés dans la catégorie des revenus fonciers, les charges du nu-propriétaire ne sont pas déductibles.
Vous devenez automatiquement plein propriétaire, sans frais, sans formalité lourde et sans droit de mutation : ni droits de succession, ni droits de donation, ni taxe de publicité foncière.
Sur la différence entre le prix de vente et le prix d’acquisition de la nue-propriété, diminuée des abattements pour durée de détention. La durée court depuis l’acquisition de la nue-propriété, pas depuis la récupération de l’usufruit, ce qui est très favorable.
Non. Elle convient à un investisseur fortement fiscalisé, soumis ou non à l’IFI, disposant d’un horizon long et n’ayant pas besoin de revenus immédiats. Elle est en revanche peu pertinente pour qui recherche un rendement courant.
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