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Déposer le capital et ouvrir un compte professionnel : le parcours en 2026

Par Mathieu Bouvard, expert-comptable inscrit à l’Ordre de Paris Île-de-France. Mis à jour le 1er juillet 2026.

Entre la signature des statuts et l’immatriculation se glisse une étape technique mais incontournable : le dépôt du capital social, puis l’ouverture du compte qui fera vivre votre société. Bien menée, cette séquence se boucle en quelques jours. Mal préparée, elle bloque tout le dossier. Voici le parcours complet, étape par étape, avec les chiffres à jour.

1. Pourquoi déposer le capital est une étape obligatoire

Le capital social est la somme que les associés apportent à la société en échange de parts ou d’actions. Avant que la société n’existe juridiquement, ces fonds doivent être placés sur un compte bloqué, ouvert au nom de la société en formation. C’est cette consignation qui prouve la réalité des apports.

Concrètement, le dépôt intervient après la rédaction des statuts mais avant l’immatriculation. Le dirigeant remet les fonds au dépositaire, qui les bloque et délivre une attestation. Sans cette attestation, le guichet unique ne valide pas l’immatriculation. Le capital reste indisponible pendant toute la durée de la procédure de création.

Quels apports sont concernés

2. Quel montant déposer : minimum légal et libération partielle

Pour les formes de société les plus courantes, le capital social minimum est de 1 euro. C’est le cas de la SARL, de l’EURL, de la SAS et de la SASU. Seule la société anonyme conserve un plancher élevé, fixé à 37 000 euros. Autrement dit, vous êtes libre de fixer le montant qui correspond à votre projet, sous réserve de crédibilité vis-à-vis des banques et des partenaires.

Attention à une nuance souvent mal comprise : fixer un capital ne signifie pas verser la totalité immédiatement. La loi autorise une libération partielle des apports en numéraire à la constitution, le solde devant être versé dans un délai maximum de cinq ans après l’immatriculation. Le taux minimum à libérer dépend de la forme juridique.

Forme juridiqueCapital minimumLibération minimale à la créationDélai pour le solde
SARL / EURL1 euro20 pour cent des apports en numéraire5 ans
SAS / SASU1 euro50 pour cent des apports en numéraire5 ans
SA37 000 euros50 pour cent des apports en numéraire5 ans
Apports en nature (toutes formes)100 pour cent (libération intégrale)Immédiat
Le bon réflexeUn capital de 1 euro est légal mais rarement opportun. Les banques, fournisseurs et bailleurs lisent le capital comme un signal de solidité. Un montant cohérent avec vos besoins de démarrage et vos éventuels financements rassure et facilite l’obtention d’un prêt. Le capital n’est pas bloqué à vie : il finance bel et bien l’activité une fois la société immatriculée.

3. Auprès de qui déposer : banque, néobanque ou notaire

Depuis quelques années, le choix du dépositaire s’est resserré. Les fonds ne peuvent être déposés qu’auprès de deux acteurs : un établissement de crédit (une banque) ou un notaire. La Caisse des dépôts et consignations n’est plus dépositaire depuis le 1er juin 2021. Un établissement de paiement seul ne peut pas non plus recevoir le dépôt.

La banque traditionnelle

L’option historique. Vous ouvrez un compte de société en formation dans une agence. L’avantage : une relation locale, un interlocuteur, et souvent la continuité naturelle vers le compte professionnel définitif et le financement. L’inconvénient : des délais parfois plus longs, le temps que le dossier soit instruit.

La banque en ligne ou néobanque pro

De nombreuses plateformes proposent un dépôt dématérialisé, avec une attestation délivrée rapidement, souvent en quelques dizaines d’heures lorsque le dossier est complet. Le coût est généralement forfaitaire. C’est une solution efficace pour les projets simples, en apports numéraires uniquement, sans complexité.

Le notaire

Plus coûteux, mais précieux dès que le montage se complique : apports en nature significatifs, démembrement, montage avec holding, ou simplement besoin d’un conseil juridique sécurisant. Le notaire combine le dépôt et le conseil sur l’acte.

Exemple Camille crée une SASU de conseil avec un capital de 5 000 euros, intégralement en numéraire. En SAS/SASU, elle doit libérer au minimum 50 pour cent à la création, soit 2 500 euros. Elle choisit toutefois de tout libérer immédiatement pour donner de la crédibilité à son compte. Elle dépose 5 000 euros sur un compte de société en formation via une banque en ligne, reçoit l’attestation de dépôt sous 48 heures, et joint ce document à son dossier d’immatriculation. Une fois le Kbis reçu, les 5 000 euros sont débloqués sur le compte définitif de la société.

4. L’attestation de dépôt et le commissaire aux apports

Une fois les fonds reçus, le dépositaire délivre une attestation de dépôt de capital. Ce document mentionne le nom et le siège de la société, le montant total déposé, la répartition par associé, ainsi que le lieu et la date du dépôt. Il est indispensable pour finaliser l’immatriculation : c’est la preuve que le capital existe.

Si votre société reçoit des apports en nature, la question du commissaire aux apports se pose. Son rôle est de vérifier que la valeur attribuée au bien apporté n’est pas surévaluée, ce qui protège les tiers et les autres associés.

En SAS comme en SARL, vous pouvez être dispensé de le nommer si deux conditions sont réunies simultanément :

Si vous bénéficiez de cette dispense, sachez que les associés restent solidairement responsables de la valeur attribuée aux apports pendant cinq ans vis-à-vis des tiers. En cas de surévaluation manifeste, mieux vaut donc parfois nommer un commissaire malgré la dispense.

Apports en nature : prudencePour une SARL au capital de 10 000 euros, la dispense exige que le total des apports en nature ne dépasse pas 5 000 euros (la moitié du capital). Au-delà, le commissaire aux apports redevient obligatoire. Faites le calcul avant de figer les statuts.

5. Du dépôt au déblocage : l’ordre des opérations

La séquence est rigoureusement chronologique. Inverser deux étapes, c’est risquer un rejet du dossier.

6. Le compte professionnel : obligation, choix et bonnes pratiques

Une fois la société immatriculée, elle a besoin d’un compte courant à son nom pour encaisser, payer et tenir une comptabilité propre. Il faut bien distinguer deux situations.

Pour une société (SARL, SAS, etc.)

Toute société commerciale doit disposer d’un compte bancaire à son nom, distinct des comptes personnels des dirigeants. Le compte de formation qui a servi au dépôt du capital est ensuite transformé en compte définitif, où les fonds débloqués sont virés. La séparation des patrimoines est ici une règle de fonctionnement, pas une option.

Pour un micro-entrepreneur

La règle est différente et plus souple. Le micro-entrepreneur n’a pas besoin d’ouvrir un véritable compte professionnel. En revanche, un compte dédié à l’activité devient obligatoire lorsque le chiffre d’affaires annuel dépasse 10 000 euros pendant deux années civiles consécutives. Ce compte dédié peut être un simple compte courant distinct, pas nécessairement un compte pro facturé plus cher.

StatutCompte dédié obligatoire ?Compte pro imposé ?
Société (SARL, SAS, SA…)Oui, compte au nom de la sociétéOui, en pratique
Micro-entrepreneur (sous le seuil)Non, recommandéNon
Micro-entrepreneur (plus de 10 000 euros sur 2 ans)Oui, compte dédiéNon, un compte dédié suffit
Droit au compteSi une banque refuse d’ouvrir votre compte, exigez une lettre ou une attestation de refus. Avec ce document, vous pouvez saisir la Banque de France, qui désignera un établissement tenu de vous ouvrir un compte. Aucune création ne doit échouer faute de banque.

7. Combien de temps et combien ça coûte

Le dépôt lui-même est rarement le poste le plus lourd. Les délais et coûts varient surtout selon le dépositaire choisi.

À cela s’ajoutent les frais d’immatriculation et, le cas échéant, la publication d’une annonce légale. Ce sont des ordres de grandeur de marché : faites établir un devis avant de vous engager.

8. Les erreurs fréquentes à éviter

Peut-on vraiment créer une société avec 1 euro de capital ?

Oui, c’est légalement possible en SARL, EURL, SAS et SASU. Mais ce n’est pas toujours opportun : un capital très faible peut nuire à votre crédibilité auprès des banques, fournisseurs et bailleurs. Choisissez un montant cohérent avec vos besoins de démarrage.

Le capital est-il bloqué pour toujours ?

Non. Il est bloqué uniquement pendant la procédure de création, c’est-à-dire entre le dépôt et l’immatriculation. Une fois le Kbis obtenu et présenté au dépositaire, les fonds sont débloqués et servent à financer l’activité de la société.

Un micro-entrepreneur doit-il ouvrir un compte professionnel ?

Non, pas nécessairement. Un compte dédié à l’activité, distinct du compte personnel, devient obligatoire seulement si le chiffre d’affaires dépasse 10 000 euros pendant deux années civiles consécutives. Et ce compte dédié n’est pas tenu d’être un compte professionnel : un simple compte courant séparé suffit.

Quel délai pour recevoir le Kbis et débloquer le capital ?

Lorsque le dossier déposé au guichet unique est complet, le Kbis est généralement disponible sous quelques jours ouvrés. Un dossier incomplet ou rejeté peut rallonger ce délai de plusieurs jours, voire semaines. Le déblocage du capital intervient ensuite immédiatement, sur présentation du Kbis au dépositaire.

Quand faut-il nommer un commissaire aux apports ?

Dès qu’un apport en nature dépasse 30 000 euros, ou que l’ensemble des apports en nature représente plus de la moitié du capital social. En dessous de ces deux seuils, vous pouvez en être dispensé, mais les associés restent solidairement responsables de la valeur retenue pendant cinq ans.

Pour aller plus loin

Sécurisez chaque étape de votre création

Du choix du capital au déblocage des fonds, un parcours bien orchestré évite les rejets et les retards. Le cabinet Ascencia vous accompagne de la rédaction des statuts jusqu’à l’immatriculation.

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