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Racheter une officine, c’est souvent l’opération d’une vie : un actif de plus d’un million et demi d’euros, un financement long, une équipe à reprendre et un cadre déontologique parmi les plus stricts de toutes les professions libérales. Choisir la bonne structure d’exercice, comprendre l’intérêt d’une holding SPFPL et savoir lire une valorisation vous fait gagner du temps, de la sécurité et, très concrètement, de l’argent. Ce guide 2026 fait le tour de la question, du montage juridique à la retraite CAVP, avec un exemple chiffré.
Contrairement à un commerce ordinaire, une officine ne peut être détenue et exploitée que par des pharmaciens. Le capital et les droits de vote sont réservés à la profession, et l’Ordre veille au respect de cette règle. Plusieurs cadres juridiques coexistent, chacun avec sa logique fiscale et sociale.
Depuis la réforme des professions libérales réglementées (ordonnance du 8 février 2023 et ses décrets d’application), les règles ont été clarifiées mais l’esprit demeure : l’indépendance professionnelle du titulaire prime sur toute logique purement financière. Toute société d’exercice est inscrite au tableau de l’Ordre, qui contrôle la composition de son capital.
La société de participations financières de professions libérales (SPFPL) est une holding dont l’objet est de détenir des parts ou actions de SEL d’officine. C’est l’outil de structuration patrimoniale par excellence pour un pharmacien qui veut acquérir, puis un jour transmettre. Elle peut détenir jusqu’à 100 % du capital d’une SEL, sous réserve du respect des règles de détention par des pharmaciens en exercice.
Concrètement, sur 100 000 € de dividendes remontés à la SPFPL, seuls 5 000 € sont réintégrés et taxés à l’IS : la holding conserve près de 98 750 € pour rembourser la banque. C’est tout l’intérêt du montage par rapport à une distribution directe au titulaire, qui subirait la flat tax de 30 %.
Le prix d’une officine s’apprécie encore souvent en pourcentage du chiffre d’affaires, mais la profession lui préfère désormais des méthodes plus fines. L’étude Interfimo publiée en 2026 sur les cessions 2025 chiffre un prix moyen autour de 1 660 000 €, valorisé environ 7,2 fois l’excédent brut d’exploitation (EBE) retraité et 2,6 fois la marge brute.
Le financement mobilise un apport personnel (souvent 10 à 20 % du prix), un prêt sur sept à douze ans et des garanties : nantissement du fonds, caution personnelle, parfois garantie d’un organisme spécialisé. La reprise du personnel est automatique : en application de l’article L1224-1 du Code du travail, les contrats de travail en cours sont transférés au repreneur, ancienneté et convention collective de la pharmacie d’officine comprises.
Deux voies existent pour reprendre une officine déjà exploitée en société. Le choix a des conséquences fiscales lourdes, différentes pour le vendeur et pour l’acheteur.
| Critère | Achat du fonds | Achat des parts de SEL |
|---|---|---|
| Ce que vous achetez | Le fonds de commerce (clientèle, licence, matériel) | Les titres de la société qui détient le fonds |
| Passif de la société | Non repris | Repris avec la société |
| Amortissement du prix | Possible sur le fonds (voir section 5) | Impossible : les titres ne s’amortissent pas |
| Droits d’enregistrement | 3 % puis 5 % par tranches | 3 % après abattement (parts de SELARL) ou 0,1 % (actions de SELAS) |
| Protection de l’acheteur | Séquestre du prix, purge des créanciers | Garantie d’actif et de passif indispensable |
En résumé, l’achat du fonds est plus lisible et plus protecteur pour l’acheteur, mais plus coûteux en droits. L’achat des parts est fréquent lorsqu’une SPFPL rachète une SEL existante, car il évite de recréer une structure et permet l’effet de levier ; il impose en revanche un audit rigoureux et une garantie d’actif et de passif solide.
La fiscalité de l’opération se lit des deux côtés de la table. Voici les leviers et les points de vigilance à examiner avec votre expert-comptable avant de signer.
Aucun de ces paramètres ne se décide isolément : le choix parts/fonds, la présence d’une holding et le régime de plus-value du cédant se tiennent. C’est l’ingénierie d’ensemble qui compte.
Prenons une officine de quartier saine, exploitée en SELARL, que vous envisagez de reprendre. Voici comment nous croiserions les méthodes pour cadrer un prix.
| Donnée | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires HT | 2 000 000 € |
| Marge brute (32 %) | 640 000 € |
| EBE retraité (12 % du CA) | 240 000 € |
| Valeur par le multiple d’EBE (7,2 fois) | 1 728 000 € |
| Valeur par le multiple de marge (2,6 fois) | 1 664 000 € |
| Repère en pourcentage du CA (80 %) | 1 600 000 € |
| Fourchette de valorisation du fonds | 1 650 000 à 1 730 000 € |
| Stock (environ un mois) | 150 000 € |
On retiendrait un prix de fonds autour de 1 700 000 €, augmenté du stock, soit un besoin de financement proche de 1 850 000 €. Avec 15 % d’apport, l’emprunt s’établit vers 1 570 000 €. La question centrale devient alors : l’EBE, après rémunération du titulaire et impôt, couvre-t-il l’annuité de remboursement ? C’est ce test de capacité de remboursement, et non le seul multiple, qui valide ou non l’opération.
Le pharmacien libéral cotise à la Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens (CAVP), qui présente une singularité forte : son régime complémentaire mêle une part par répartition et une part par capitalisation, ce qui n’existe quasiment nulle part ailleurs dans les professions libérales. Une fraction de vos cotisations alimente un capital individuel, valorisé chaque année.
Pour un titulaire, cette capitalisation constitue un actif retraite réel qui vient s’ajouter à la valeur de revente de l’officine. Anticiper le niveau de classe de cotisation et l’articuler avec un éventuel PER fait partie d’une stratégie patrimoniale bien menée.
Une reprise d’officine réussie se prépare en amont, structure comprise. Voici la trame que nous suivons avec nos clients pharmaciens.
Non pour en prendre le contrôle. La majorité du capital et des droits de vote d’une SEL de pharmaciens doit rester détenue par des pharmaciens exerçant dans la société. Des participations minoritaires très encadrées existent, mais l’indépendance du titulaire prime toujours.
Souvent oui, dès lors que vous financez une part significative par emprunt : la holding rembourse la dette avec des dividendes exonérés à 95 %, ce qui accélère le désendettement. Pour un tout petit dossier ou un exercice en nom propre, elle peut en revanche alourdir inutilement la structure.
Cela dépend. L’achat du fonds protège mieux l’acheteur et peut ouvrir un amortissement, mais coûte plus en droits. L’achat des parts convient à un montage holding et évite de recréer une société, au prix d’une reprise du passif et d’une garantie d’actif et de passif exigeante.
De moins en moins en pourcentage du chiffre d’affaires, de plus en plus au multiple d’EBE retraité (autour de 7 fois) et de marge brute. Le prix moyen des cessions récentes tourne autour de 1 660 000 €. Le vrai juge de paix reste la capacité de l’EBE à couvrir l’annuité d’emprunt.
Oui. Son régime complémentaire comporte une part par capitalisation qui vous constitue un capital retraite individuel, en plus de la part par répartition. C’est un atout patrimonial spécifique aux pharmaciens, à piloter dans le choix de votre classe de cotisation.
Oui, la reprise est automatique. L’article L1224-1 du Code du travail transfère les contrats de travail en cours au repreneur, avec l’ancienneté et la convention collective de la pharmacie d’officine. C’est un paramètre à intégrer dès l’audit.
Chez Ascencia, nous structurons votre reprise de A à Z : audit de la cible, choix SEL ou SPFPL, arbitrage parts/fonds, financement et suivi auprès de l’Ordre. Discutons de votre projet lors d’un rendez-vous Ascencia.