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Démembrer un bien, c’est le couper en deux droits distincts : l’usufruit, qui donne l’usage et les revenus, et la nue-propriété, qui donne la propriété du capital. Bien utilisé, ce mécanisme est l’un des outils les plus puissants pour transmettre un patrimoine en payant beaucoup moins de droits. Voici comment il fonctionne, concrètement, en 2026.
La pleine propriété d’un bien réunit en réalité trois prérogatives : le droit d’user du bien, le droit d’en percevoir les fruits (loyers, dividendes) et le droit d’en disposer (le vendre, le donner). Démembrer la propriété consiste à séparer ces droits entre deux personnes.
Le démembrement peut être viager (l’usufruit dure jusqu’au décès de l’usufruitier) ou temporaire (il est fixé pour une durée déterminée, par exemple dix ans). Il peut porter sur un bien immobilier, sur des parts de société, sur un portefeuille de titres ou sur des parts de SCPI.
Pour répartir la valeur entre usufruit et nue-propriété, l’administration fiscale impose un barème unique, fixé par l’article 669 du Code général des impôts. Ce barème, inchangé depuis 2004, est toujours en vigueur en 2026. Il dépend uniquement de l’âge de l’usufruitier : plus celui-ci est jeune, plus son usufruit a de la valeur, car il est censé en profiter plus longtemps.
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Jusqu’à 20 ans révolus | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans révolus | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans révolus | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans révolus | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans révolus | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans révolus | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans révolus | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans révolus | 20 % | 80 % |
| À partir de 91 ans | 10 % | 90 % |
Ce barème est obligatoire pour le calcul des droits d’enregistrement (donation, succession). Pour un usufruit à durée fixe, une autre règle s’applique : l’usufruit temporaire est évalué forfaitairement à 23 % de la valeur de la pleine propriété par tranche de dix ans, sans fraction, et sans pouvoir dépasser la valeur de l’usufruit viager déterminée par le barème ci-dessus.
Le montage le plus répandu est la donation de la nue-propriété d’un bien à ses enfants, le parent conservant l’usufruit. Le parent continue d’habiter le logement ou d’en percevoir les loyers de son vivant ; les enfants, eux, deviennent nus-propriétaires immédiatement.
Autrement dit, la valeur prise par le bien entre la donation et le décès échappe totalement à l’impôt. C’est ce qui rend l’opération particulièrement efficace lorsqu’elle est réalisée tôt.
Exemple Un parent de 65 ans donne à son enfant la nue-propriété d’un appartement valant 400 000 euros et conserve l’usufruit. Dans la tranche de 61 à 70 ans, l’usufruit vaut 40 % et la nue-propriété 60 %. La donation est donc taxable sur 400 000 x 60 % = 240 000 euros. Après l’abattement de 100 000 euros, les droits ne portent que sur 140 000 euros. Au décès du parent, l’enfant récupère la pleine propriété des 400 000 euros (ou davantage si le bien s’est valorisé) sans payer un euro de droits de succession supplémentaire.
Le démembrement crée des droits, mais aussi des obligations. La répartition des charges est une source fréquente de litiges familiaux : mieux vaut la connaître à l’avance.
| Charge ou dépense | À la charge de l’usufruitier | À la charge du nu-propriétaire |
|---|---|---|
| Entretien courant et menues réparations | Oui | Non |
| Grosses réparations (gros oeuvre, toiture, murs porteurs) | Non | Oui |
| Taxe foncière | Oui | Non |
| Impôt sur les revenus fonciers | Oui (il perçoit les loyers) | Non |
| Assurance du bien | Oui | Non |
Sur le plan fiscal, l’usufruitier déclare les loyers qu’il encaisse et supporte donc l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les revenus fonciers. Le nu-propriétaire, qui ne perçoit rien, n’a en principe rien à déclarer pendant la durée du démembrement.
Pour l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), la règle de principe est claire : c’est l’usufruitier qui déclare le bien démembré pour sa valeur en pleine propriété, comme s’il en était plein propriétaire. Le nu-propriétaire, lui, n’a en principe rien à déclarer.
Il existe toutefois une exception importante : dans certains cas prévus par la loi, notamment lorsque le démembrement résulte de la succession du conjoint et que l’usufruit du conjoint survivant est d’origine légale, la valeur du bien est répartie entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème de l’article 669. Cette subtilité a un impact direct sur le seuil d’assujettissement à l’IFI, qui reste fixé à 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net.
Le démembrement ne concerne pas que l’immobilier détenu en direct. Il s’applique très souvent aux parts de SCI familiale ou aux titres d’une société d’exploitation. Le dirigeant peut donner la nue-propriété des parts à ses enfants tout en conservant l’usufruit, donc le pouvoir de percevoir les dividendes et, selon ce que prévoient les statuts, de voter en assemblée.
Ces montages doivent être rédigés avec soin (statuts, convention de démembrement, clauses de répartition du résultat), car une rédaction approximative peut faire perdre tout le bénéfice fiscal, voire être requalifiée par l’administration.
Le démembrement est un outil puissant, mais il n’est pas universel. Quelques précautions s’imposent.
C’est précisément parce que le démembrement engage le patrimoine sur le long terme qu’il mérite une analyse globale, intégrant la situation familiale, civile et fiscale.
En principe non, tant que dure le démembrement. Il ne perçoit aucun revenu et n’a donc rien à déclarer au titre des revenus fonciers. Ce sont les loyers, encaissés par l’usufruitier, qui sont imposés chez ce dernier, prélèvements sociaux de 17,2 % compris.
L’usufruit s’éteint et le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété. Grâce à l’article 1133 du CGI, cette reconstitution ne génère, dans le cas général, aucun droit de succession. Seuls restent des frais d’acte limités.
Oui, mais l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire est nécessaire. Le prix de vente est ensuite réparti entre eux selon le barème de l’article 669, sauf convention de report de l’usufruit sur un nouveau bien ou sur le prix.
Oui. Comme les droits ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, toujours inférieure à la pleine propriété, l’assiette taxable est mécaniquement réduite. Plus la donation est réalisée tôt, plus la nue-propriété est faible et plus l’économie est importante.
Ce ne sont pas des concurrents mais des outils complémentaires. L’assurance-vie permet de transmettre jusqu’à 152 500 euros par bénéficiaire en franchise de droits pour les versements effectués avant 70 ans ; le démembrement, lui, est adapté à l’immobilier et aux parts de société. Une stratégie patrimoniale solide combine souvent les deux.
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